Première chose à retenir par l’ensemble de la rédaction: on n’écrit pas contre son partenaire, même s’il a pissé sur lui. Deuxième chose  à retenir par le Rec: on fait plus dans les publi-reportages masqués que dans l’information. Curieusement, malgré ce « griotisme » d’un autre genre, les salaires de catéchiste, les payements tardifs, plusieurs mois sans salaire, et la non prise en charge des employés malades et les décès en cascade demeurent dans le milieu de la presse camerounaise. Les syndicalistes complices malgré eux, aboient quand même dans le vide. Traitres !

« Les patrons de presse au Cameroun sont les ennemis de la presse et du progrès » Source: Charles Nforgang

Je suis un journaliste des salons huppés. Et moi, de la rue Mermoz. Bataille entre griots et communicateurs.  

Vous ne le savez certainement pas. Au Cameroun, il y a plusieurs types de journalistes. On a les journalistes dits de la « rue Mermoz » et ceux du « Hilton ». Des vrais cousins éloignés. On a aussi des « grands » journalistes. Ceux-ci travaillent dans des grandes boites du pays et ont généralement des bras très longs. Ceux de la rue Mermoz et du Hilton, ont également leurs réseaux et ils sont au service de ceux-ci avec leurs journaux « dans le sac ». Les uns se croient plus importants et intègres que les autres. Vous voulez savoir comment reconnaître un journaliste de la rue Mermoz ? D’abord, il ne bosse pas dans un seul média. Il écrit partout et nulle part. Je ne blague pas. Ce qui fait la particularité du journaliste de la rue Mermoz, c’est qu’il ne quitte jamais les lieux des manifestations sans avoir arraché le « gombo » (argent) des mains des organisateurs. Quand ceux-ci n’ont rien pour lui, le gars ne tarde pas à montrer son côté animal.

« Vous croyez que je suis venu ici pour vos beaux yeux hein ? D’ailleurs même c’est ton argent ? ». C’est après avoir encaissé qu’il poursuit la chasse ailleurs. Un journaliste de la rue Mermoz, ça ne blague pas. Ça se reconnaît à l’œil nu. Il faut avoir le verbe et savoir faire les yeux doux aux chargés de communication des séminaires et ateliers. « Je vais t’accorder une page dans mon journal qui sera en kiosque dans quelques jours si tu fais un bon geste ». Parfois, son journal n’est en kiosque que trois mois plus tard. Il faut également savoir que le journaliste de la rue Mermoz est son propre patron. Il n’a aucune pression, sauf s’il reçoit une grosse enveloppe de l’un de ses amis riche en détresse au tribunal ou qui vise un poste dans une administration. Ne croyez surtout pas que ces gars sont des analphabètes. Il y en a des cerveaux. Des universitaires et plus. Il se veut agressif au front, pour pouvoir nourrir sa famille, payer les factures, et mettre son journal en kiosque, même si c’est une seule fois par mois.

« Journaux camerounais »

Les « supers » journalistes quant à eux, sont dans des rédactions plus ou moins modernes. Ici, on se fait des sous en grand et en solo. Premièrement, on ne fait pas publiquement les yeux doux aux organisateurs des événements. On est automatiquement important. S’ils ont besoin de moi, ils m’appelleront, non sans oublier d’apprêter mon cachet. Je pense que le cachet est obligé pour les non-partenaires. Je peux me tromper sur ce point. Mais s’il s’agit d’un partenaire, on court vite couvrir son événement de peur d’avoir des ennuis avec le directeur de la publication. Le super journaliste doit  éviter de fouiller dans les poubelles du partenaire « qui verse beaucoup d’argent à l’entreprise chaque année ».

Ceux qui ne soutiennent pas financièrement ou avec des publicités le média qui nous embauche, sont mal barrés. On est libre de tirer sur eux pêle-mêle. Ce phénomène a envahi tous les médias publics et privés du pays. Le résultat, nous le connaissons tous, sauf par hypocrisie. Il y a plus de propagandes que des vraies informations utiles à notre pays dans nos tabloïds et médias audio-visuels. Prenons un exemple banal : la guerre contre les extrémistes nigérians qui servissent dans la partie septentrionale de notre Cameroun.

« John Beas de son vivant »

Question: Quel département ministériel se charge généralement du déploiement des journalistes dans cette région ?

Réponse: C’est bien évidement le ministère de la Défense (Mindef).

Les gars sont nourris et blanchis par le Mindef. Et vous croyez qu’ils peuvent dénoncer ce généreux ministère ? Je ne crois pas. Je vois mal ces « grands » reporters invoquer la vraie (je pèse bien mes mots) misère des soldats camerounais au front dans leurs différents papiers. Une misère qui leur est « imposée par leur hiérarchie », dénonce un militaire du Bir que j’ai rencontré le mois dernier.

Deuxièmement, supposons que nos reporters soient conduits au front par l’armée américaine ou française. Pensez-vous qu’ils soient capables de dénoncer les magouilles des races bizarres que les soldats aperçoivent dans les rangs des extrémistes ? Sauf s’ils veulent se faire virer par leurs boss. J’avoue que j’exagère sur ce point hein. « Les quotidiens et hebdomadaires dénoncent souvent ces Blancs qui soutiennent les terroristes au Cameroun ». C’est juste pour vous prouver que tout est communication dans notre presse. Les administrations publiques et diplomatiques font leur show dans nos médias. Le citoyen lambda quant a lui, n’a droit qu’aux faits divers. « D’abord même qu’il est abonnés ? Est-ce qu’il achète même les journaux ? Un gros titrologue comme ça ».

Rien n’est gratuit dans nos entreprises de presse. Nos patrons nous rappellent directement ou indirectement qu’ils ne sont pas là pour faire du bénévolat. Ils défendent leurs intérêts. « Vous croyez qu’on imprime les journaux avec les dents ? Et le personnel, avec quoi vais-je le payer, avec les cailloux ? » Voilà le genre de langage que nos boss tiennent généralement loin des micros et des caméras.

« Que dites vous monsieur le Mincom? »

Je démissionne ou je crève

Le stress. Voilà un mal qui ronge la plupart de journalistes en service dans les rédactions camerounaises. Comment peut-on rédiger un bon papier ou présenter un programme audio-visuel avec tous les maux de la terre? Devant un article, on pense à notre famille qui n’a rien à se mettre sous la dent depuis le matin. On pense aux factures de loyer qu’on n’a pas réglées depuis plusieurs mois. On pense aussi aux frais de reportage qui arrivent par saison. On pense aussi aux nanga boko (Sdf) qui sèment la terreur dans les « mapanes » qu’on emprunte toutes les nuits à pied après le bouclage. On pense aussi aux caprices des sources d’information et aux pressions du boss de la rédaction. Et Eneo ( le distributeur de l’énergie électrique) qui nous sert les délestages presque chaque jour. Le plus drôle, c’est la qualité de nos outils de travail. Nos téléphones portables nous servent de dictaphone et d’appareil photo. Nos machines du bureau ne sont pas de dernière génération. Par amour du métier, plusieurs reporters ont acheté des lap tops de seconde main. Machine c’est machine, on fait avec en entendant la visite du père Noël ! Le boss, est ce qu’il regarde tous nos efforts ? Non. Tout ce qu’il veut, c’est son journal. « Je ne gère pas les détails », lance-t-il. Son journal doit être en kiosque, parce qu’il y a plusieurs pages de publicité ou de gombo à valider. Nos boss se préoccupent-ils souvent de l’état de santé de leurs collaborateurs ? Je ne pense pas.

Santé : Pourquoi les entreprises de presse négligent-elles leurs employés ? 

Je ne sais pas si c’est par négligence, mais je dois vous avouer que le décès du jeune technicien de la radio Sweet Fm cette semaine, me choque énormément. John Beas est allé rejoindre le grand-frère Javis Nana décédé en 2015. Ils souffraient des maux qui pouvaient certainement être guéris si leur patron avait pensé à embaucher un médecin de travail. Oui le Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc) est sur tous les fronts pour l’amélioration des conditions de travail des journalistes au bercail. Oui beaucoup de chantiers sont en cours. Mais j’aimerai que le grand-frère Denis Nkwebo, président du Snjc, et son équipe, mettent la pédale sur l’accélérateur. Les choses semblent aller très lentement, au point où les membres du Snjc qui ne sont pas dans les secrets du bureau exécutif national (Ben) comme moi, ont l’impression que c’est le statu quo total de ce côté. Il m’arrive même parfois de croire que le syndicat choisit ses adversaires et ses batailles. Est-ce que certaines victimes dégainent beaucoup de sous et d’autres pas ? C’est juste une question parmi tant d’autres les gars, faut pas fâcher hein !

Les syndicalistes face à la presse camerounaise

Deux ans de salaires impayés et tu bosses toujours si dur ?

Charles Nforgang, l’un des cadres du Snjc a fait une sortie remarquable sur sa page Facebook il y a quelques jours sur la situation dans plusieurs médias du pays. Massah le post de Charles m’a appris beaucoup de choses. Il m’a par exemple appris qu’il y a des quotidiens dans ce pays où les employés accusent deux ans de salaires impayés. Je me souviens pourtant qu’un quotidien (Mutations) a été primé il y a quelques mois quelque part en Afrique. A vrai dire, je ne sais pas comment les journalistes de ce tabloïd font pour joindre les deux bouts au quotidien, mais une chose est certaine : ils y trouvent leur compte. Mon Dieu, ayez pitié de ces braves gens qui savent sur quoi ils comptent pour ne pas démissionner de ce « grand » quotidien privé qui est en train de recruter. Dans d’autres quotidiens, hebdomadaires, radios, et télévisions, j’en connais qui sont payés en monnaie de singe alors que les publicités entrent. Beaucoup travaillent même « njor », c’est-à-dire gratuitement pour bluffer les petites nanas.

Pendant ce temps, les patrons sautent entre deux avions, érigent des gratte-ciels pour eux et leurs familles, et se tapent des grosses cylindrées presque chaque année. Vive la presse camerounaise !

La Rédaction avec ndengue.mondoblog.org

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