Depuis Sarkozy, depuis 2007 donc, mais en fait depuis 2002, la France se trouve dans une situation d’instabilite de fait au sommet – avec des présidents a un seul mandat, et, avec Emmanuel Macron, avec un président qui a l’age des enfants de plusieurs présidents d’Afrique centrale, mais plus important, avec un président qui n’a derrière lui aucune structure politique classique tel un parti politique, porte qu’il est par un mouvement, et qui est venu au pouvoir en fait par un coup d’Etat mediatique.

Nicolas Sarkozy s’est en premier heurte a l’ossification africaine, tant a gauche qui elle est prise dans la bataille contre la Francafrique, qu’a droite, devant les tyrans dont surtout Bongo qui l’avait litteralement mis a genoux. Francois Hollande, a essuye a Yaounde un camouflet tyrannique dont il ne s’est jamais remis: ‘ne reste pas au pouvoir qui veut, mais qui peut.’ Eh bien, la France nous envoie maintenant un président sans structure, devant des hommes qui sont aujourd’hui les seuls et derniers garants de la structure coloniale, car c’est evidemment en Afrique francophone qu’aujourd’hui la Francafrique est défendue, est portée, est mise en branle. Les voila, ils ont recu Nicolas Sarkozy en 2007, il y a dix ans donc, ils ont reçu Francois Hollande, il y a cinq ans, et aujourd’hui, sans aucun changement parmi eux, ils attendent Emmanuel Macron.

Les tyrans attendent Emmanuel Macron qui, de toute sa campagne n’a vraiment pas parle de l’Afrique, pour qui donc l’Afrique n’est pas si importante que cela, en réalité. La France se retrouve donc avec un autre Obama. Il peut, s’il est astucieux, avoir un deuxième mandat, mais la pesanteur d’un seul mandat en France s’installe pas a pas, tandis que paradoxalement, la tyrannie s’installe le plus profondément et le plus durablement en Afrique. Si cependant Macron voulait le changement en Afrique, comme par exemple Sarkozy, eh bien il aurait contre lui toute la classe intellectuelle africaine francophone qui est si confortablement assise dans ses slogans a elle, qu’elle aura de la peine a se rendre compte que le monde change.

Que dirait donc par exemple un Mongo Beti a Emmanuel Macron, sinon que ‘c’est la même chose’, que la France ‘ne connait que ses interets’, que ‘la France ne changera jamais.’ Mais la question qui se pose est la suivante: Emmanuel Macron pourra-t-il etre l’ennemi dont a besoin l’opposition gauchiste africaine pour exister? Ce sont de telles questions qui deviennent soudain importantes, quand on veut savoir ce qui se passera en Afrique francophone. Cette France qui se passe soudain de l’Afrique francophone desaxe, desaxe, desaxe, car évidemment les choses auraient été plus classiques avec Le Pen, dont le père a un passe africain, et qui elle-même a commence sa campagne au Tchad.

Et la, on tombe sur la question simple: dans la relation entre l’Afrique et la France, qui a plus besoin de qui? Dans une relation ou soudain un jeune president francais de 39 ans regarde ailleurs, c’est-a-dire en fait, laisse les Africains s’occuper eux-memes de leurs dictateurs, les Africains seront-ils enfin contents? Cette situation nouvelle, d’une France faible, d’une France affaiblie, et de presidents francais a un seul mandat, est interessante, tres interessante, surtout parce que le president Francais, de son propre avis, a ete ‘mal elu’, la plupart de ses electeurs etant en fait des votes reportes de gauche et de droite. Un président français faible, un president francais affaibli, une France faible, avec devant elle des dictateurs francophones les plus intalles depuis 2007, des dictateurs les plus insolents et qui, avec Paul Biya en 2018, sont encore plus surs de leur plateforme qu’ils ne se laissent meme plus paraitre, cela est nouveau. Biya peut couper internet a 30% de son pays sans probleme. Sassou Nguesso peut mettre en prison tous ses adversaires politiques de 2016 sans aucun probleme. Ali Bongo peut faire un ‘dialogue national’ qui exclut celui qui lors de son election a eu 48% des voix. C’est toujours une illusion de croire que l’on puisse se liberer seul, c’est un enfantillage de le croire. Les Africains ont toujours souhaite une France moins forte. Nous voila servis – une France faible, et en plus de cela, un president francais structurellement faible, et jeune.

Patrice Nganang

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