Les Francophones croient aux lois – ils croient que la réalité est fondée par la loi, n’existe que grace et a partir des lois. Ils croient que c’est la loi l’alpha et omega de tout ce qui est politique – c’est a Sadi, croient-ils, que revient le pouvoir de structurer la scene politique. Et le Minadt a meme un brouillon de statuts qu’il oblige les associations a adopter – toute association qui veut son ‘autorisation’. ‘Autorisation’, le mot-clé est lâché. Son contraire c’est ‘dissolution.’ Comme ce que Sadi a signe aujourd’hui a propos du Consortium. La premiere question des Francophones – et c’est cela que Generation Change m’a révélé -, c’est: ‘votre organisation-la est autorisée?’ Si elle n’est pas autorisée, ils ne font rien. La loi, le decret, l’arrêté, la paperasse, le papier, sans ca, rien du tout.

C’est un decret, celui du 4 février 1984 qui a fait de la république unie du Cameroun, la république du Cameroun. Ce décret avait été signe par Paul Biya, sans l’avis des Anglophones, nullifiant ainsi les acquis de la conference de 1972, qui avait fait de la federation que notre pays était, une république unie, federation acquise par referendum. Paul Biya, Francophone qu’il est, avait par le meme decret du 4 février 1984, change les emblemes nationaux, le drapeau donc, bref, par un geste de main, ‘un coup de tete’ il dirait, il avait transforme la réalité de notre pays, et cree ce qui se passe-la. Car au fond voila bien le problème – la République du Cameroun, invention de Paul Biya, est impopulaire dans le Cameroun Occidental.

La République du Cameroun, Francophone, est un Etat qui pratique l’apartheid. La République du Cameroun, est une invention de la loi, une signature de papier, un texte de loi, et c’est a ces choses-la que les Francophones croient – meme quand ils disent qu’ils n’y croient pas, ils s’y retrouvent. Une fois de plus, voila bien la leçon de mon travail avec mes compatriotes francophones durant ces denieres années. Leçon implacable de Generation Change, ou un a Paris, profitant de la paperasse, s’était au final designe ‘president legal’, eh oui! Leçon de vie. Les Francophones, c’est ca.

Dans notre pays, le Cameroun Occidental, le Cameroun Anglophone, nous révèle cependant ces derniers mois-ci une autre forme de réalité, une autre manière de fabriquer la réalité, celle dont, personnellement j’ai toujours reve, en tant que citoyen, en tant que activiste, en tant que écrivain, celle qui veut que la réalité soit fondée dans la légitimité, et donc dans l’auto-gestion, dans le self-reliance. Ses manifestations sont l’autonomie, l’auto-discipline, la non-violence, la démocratie participative, la proportionnelle, et évidemment la citoyenneté. Son expression est la dissidence, dont la forme la plus claire est la désobéissance civile, dont l’invention bien américaine, nous renvoie a Thoreau, avant de trouver son histoire dans Gandhi, Martin Luther King Jr., et bien sur des écrivains, Tolstoi. Le Cameroun Occidental nous enseigne ces deniers jours ce que c’est que le citoyen, et je veux dire qu’il l’enseigne aux Francophones – que le citoyen n’est pas un être de papier, n’est pas une forme de loi, n’existe pas parce que le ‘president’ a ‘signe un décret’, mais parce que de sa propre volition, il ou elle estime que sa manière de vivre est juste. La loi doit donc être l’expression de cette justice-la, sinon le devoir du citoyen est de lui désobéir. Elle doit être le résultat et pas la cause de cette vision de la justice comme inscrite dans la volonté générale, car tout commence avec le citoyen et finit la. Le changement, c’est ca.

La bataille qui a lieu dans notre pays, et qui a commence exactement le 4 février 1984, par la dissidence anglophone devant ‘la République du Cameroun’, les années de braise n’en étant donc qu’un episode, meme si des plus dramatiques, eh bien cette bataille qui nous a donne le parti leader de l’opposition, le SDF, dont le fief justement est en zone anglophone, cette bataille ne pourra pas, ne pourra jamais être conclue par la violence, parce que partout ou le citoyen se fonde dans l’auto-discipline, il gagne; partout ou une organisation légitime, comme le Consortium se fonde de sa propre volition, c’est-a-dire sans avoir besoin de ‘l’autorisation’ ou de ‘l’interdiction’ de qui que ce soit, qu’il soit Sadi ou Biya, elle a de l’avenir. Elle gagne deja.

Vive le Consortium! Nous sommes Anglophones!

Un article de l’écrivain camerounais Patrice Nganang

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