Chers compatriotes, Camerounaises, Camerounais, peuple de travailleurs reconnus comme ceux qui se tuent à la tâche sans reconnaissance, voici venue une journée qui devrait arracher à toutes et à tous un sourire ! En effet, il y a 131 ans, des ouvriers venus de différents secteurs d’activités, décidèrent de se mettre ensemble afin de demander au patronat une journée de travail de 8h. Nous leur devons cet héritage de la négociation du compromis face à un patronat qui veut toujours plus de ses ouvriers et qui leur donne toujours peu.

Ce bref rappel historique nous place, nous, Camerounais au cœur du travail et du syndicalisme. C’est donc l’occasion de saluer la mémoire des nôtres, Camerounaises et Camerounais qui ont œuvré à organiser le monde du travail, messieurs Fabien Oka’a, Jérôme Emilien Abondo, Dominique Fouda Nsima.

Cher peuple de travailleurs, tout travail de longue haleine, répétitif, suppose l’ambition d’être toujours meilleur. Pour cela, nous nous adressons à vous chaque année et ce jour précisément, très souvent avec des mots nouveaux mais toujours avec la même ambition, celle de construire ici au Cameroun une véritable classe de travailleurs, des hommes et des femmes qui vivent de leur labeur. C’est juste, c’est honnête.

Il y a trois ans, je nous invitais à réfléchir ensemble à tout ce qui fait notre fierté d’être Camerounais

Il y a trois ans, je nous invitais à réfléchir ensemble à tout ce qui fait notre fierté d’être Camerounais et de faire partie de ce monde des travailleurs Camerounais. Je voulais ainsi inviter le gouvernement à se pencher sur la situation de l’emploi dans notre pays notamment, en comblant le déficit camerounais dans les infrastructures publiques qui sont une réelle poursuite de la mise en place des institutions dans notre pays. Cet investissement dans l’infrastructure publique devait alors nous permettre de poursuivre la reconstruction des collectivités territoriales décentralisées dont nous avons besoin pour redresser l’économie et les finances de notre pays. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Il n’y a pas que les infrastructures, il y a la création de l’emploi aussi tant dans le secteur public que dans le secteur privé. Oui, nous avons besoin de mieux d’Etat ce qui signifie que l’Etat a encore le devoir d’occuper rationnellement le terrain en mettant à la disposition du pays des hommes et des femmes compétents.

Chers compatriotes, rien ne s’obtient sans un minimum d’organisation, rien ne s’obtient sans une réelle action et sans construction d’un rapport de force. Le 1er mai est le jour où les travailleurs disent : « Sans nous, pas de richesse. » C’est une réponse à l’idéologie qui décrit les patrons comme une sorte d’« élite éclairée », d’où émane toute richesse. À la fin du 19e siècle, l’influent sociologue William Graham Sumner affirmait : « On les a nommés capitaines d’industrie. L’analogie de cette appellation avec les chefs militaires n’est pas trompeuse. Les grands dirigeants du développement de l’organisation industrielle ont besoin de ce talent : capacité de donner des ordres, d’assurer le commandement, courage et détermination. L’armée industrielle est toute aussi dépendante de ses capitaines que le monde militaire de ses généraux. Il existe de ce fait une grande demande de ces capacités requises. En disposer est un monopole naturel. » Des industriels, banquiers et hommes d’affaires tels des capitaines en qui il faut avoir une confiance aveugle. L’action collective, des syndicats combatifs, des grèves de 1er Mai, tout cela, serait de l’insubordination directe…

Les changements sociaux ont été construits d’en bas

Nous sommes aujourd’hui plus d’un siècle plus tard et, entre-temps, le monde a profondément changé. Mais, heureusement, les travailleurs ont continué à s’organiser. Ainsi, comme vous j’ai regardé les statistiques : 9 Camerounais sur 10 vivent de l’informel, nous avons le SMIC le plus bas de la sous-région et n’ayons pas honte de le nommer : moins de 37 000 francs CFA, pas de quoi nourrir même un enfant de deux ans mensuellement ! Ce que vous avez aujourd’hui, a été obtenu hier par la force et le dialogue.

Constituons-nous en véritable contre-pouvoir, soyons des syndicalistes combatifs, soyons un monde associatif critique qui

Constituons-nous en véritable contre-pouvoir, soyons des syndicalistes combatifs, soyons un monde associatif critique qui vise l’intérêt de tous. Eloignons les corporations qui excluent et discriminent, qui ne portent que des intérêts partisans. Il n’y a pas un syndicat d’enseignant, un syndicat de médecins, un syndicat des avocats, il y a un syndicat de travailleurs camerounais qui intègre les revendications de telle ou telle corps de métier. C’est cela le mouvement syndical.

 Il n’est ni normal ni légitime qu’au sein des syndicats tels qu’ils sont constitués aujourd’hui, on ne parle que des préavis de grève et qu’il n’y ait jamais une action qui apporte une plus-value à votre quotidien, au quotidien de vos camarades et de vos collègues.

Vous, fonctionnaires et autres agents de l’Etat, vous, ouvriers dans les chantiers, cultivateurs, bayam sellam, benskineurs, taximen vous êtes tous des travailleurs aux même titre que ceux et celles que vous admirez.

 « Les changements sociaux et politiques les plus radicaux ont été mis en place sous la pression d’une opinion publique exprimée avec véhémence, et non en premier lieu par le biais des élections et du Parlement », écrit le professeur Gita Deneckere. C’est donc une bonne chose que nous ayons cette histoire sociale et que le mouvement ouvrier de notre pays ne se soit pas résigné aux chants des sirènes le poussant à la soumission et à la passivité. De ce fait, nous condamnons les violences exercées sur les journalistes du quotidien le Messager il y a quelques jours à Douala, nous condamnons l’arrestation des avocats dans le Nord-Ouest et le Sud-Est il y a trois mois, nous condamnons les humiliations infligées aux leaders des mouvements syndicaux. Le Cameroun ne se construira que dans le dialogue. C’est ma conviction, c’est la ligne politique du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie [M.C.P.S.D]

Ne laissons pas le gouvernement, premier patronat de notre pays, ne laissons pas ceux qui ont les deux mains sur le volant du pays dicter uniquement leur logique !

Le travail transfrontalier

 L’autre chantier que nous devons ouvrir aujourd’hui sans complaisance est celui du travail transfrontalier. En effet, de nombreux travailleurs camerounais regardent vers les pays voisins pour pouvoir exercer leur profession. Il est plus que temps que les pouvoirs publics se penchent sur ces mouvements migratoires aux frontières afin d’éviter les nombreuses expulsions parfois au sein même de la sous-région CEMAC. Une bonne politique sous-régionale des mouvements migratoires commence par une mise en place à l’intérieur du pays d’infrastructures lisibles dans le monde du travail, qui préservent les droits des travailleurs et, mettent en exergue leur savoir-faire. Un mur mexicain ne devrait pas séparer les pays et populations de la sous-région au moment où tous les peuples du monde parlent d’intégration induite par la mondialisation.

Pas de bla-bla du gouvernement et des entreprises, mais des actes

 Chers compatriotes, nous pouvons changer beaucoup de choses pour améliorer le quotidien de nos populations. La célébration de la fête du travail doit nous donner l’occasion de prendre conscience que beaucoup d’entre nous ont perdu leur emploi pour diverses raisons, que beaucoup de Camerounais attendent devant la porte pour pouvoir se placer dans la vie de tous les jours. Des centaines de milliers d’emplois doivent donc être créés grâce au génie de notre peuple et à la volonté politique des gouvernants. C’est vers cette volonté que le Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie aimerait vous conduire. Nous devons lutter contre l’emploi précaire qui conduit les hommes et les femmes à sortir au petit matin quand il fait encore noir, à rentrer dans la nuit en se tuant à la tâche pour un salaire qui ne leur permet pas de se prendre en charge.

Nous invitons l’Etat à prendre en considération les revendications des médecins non intégrés, du personnel temporaire en service à la présidence de la République notamment. Nous invitons le ministre de l’éducation de base à revoir à la hausse le nombre d’enseignants qui doivent être recrutés pour la prochaine année académique.

Nous attirons l’attention du ministre de la justice sur la situation des administrateurs de greffe qui attendent toujours leur intégration 3 ans après.

Chers compatriotes, soyons combatifs, ne nous laissons pas enfermer dans la naïveté et le plaisir personnel au détriment de toute la collectivité car le développement et l’épanouissement ne sont point individuels.

Demandons ensemble que les routes tuent moins parce qu’elles sont bien construites, demandons des établissements scolaires pour nos enfants, demandons des emplois stables avec des salaires qui nous permettent de nourrir nos familles, demandons des hôpitaux pour soigner nos femmes, nos enfants et nos parents, demandons des pensions pour nos parents qui ont laissé leur jeunesse dans le travail. Oui, chers compatriotes, demandons qu’avec notre force de production on construise un avenir pour notre pays, pas seulement pour une infime minorité mais pour nous qui travaillons et nourrissons notre pays. Quand cet avenir aura été construit, sachons en prendre soin, nous sommes tous individuellement responsables de notre bien commun.

Déployons donc ensemble toute notre énergie afin que Vive la Paix, génératrice du Travail qui lui-même est bâtisseur de la Patrie.

Prof. Vincent-Sosthène FOUDA

Président du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie (M.C.P.S.D)

Une correspondance de la cellule de communication du MCPSD

 

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