Tandis que la neuvième Conférence scientifique sur le VIH se déroule à Paris du 23 au 26 juillet. Le Cameroun continue de se battre pour réduire la transmission du virus de la mère à l’enfant, notamment par l’emploi des ARV qui font souvent défaut.

Des femmes en boubous chatoyants, enceintes ou portant un bébé, sont rassemblées devant un centre de santé de Garoua, au nord du Cameroun. «Nos bénévoles ont fait du porte-à-porte pour les encourager à venir se faire tester», explique Odette Etame, directrice de l’association «Nolfowop» (No limit for women project), soutenue par l’Unicef.

Près de la moitié des Camerounaises séropositives accouchent à la maison : souvent, elles ignorent être contaminées et n’ont pas reçu les traitements qui diminuent le risque de transmission du VIH aux bébés.

Plan de bataille

Couverte d’un voile rose, Clarisse Njama sort du centre en brandissant fièrement le papier attestant qu’elle n’est pas contaminée. C’est son premier dépistage : une petite goutte de sang sur une bandelette et un résultat immédiat. «Mon mari ne voulait pas me donner 2 000 francs CFA (3,20 €) pour venir à la consultation prénatale. Mais les bénévoles m’ont dit que les soins pour le sida étaient gratuits. Alors j’ai payé moi-même la moto, avec l’argent de mon petit commerce».

Selon l’OMS, 560 000 Camerounais (sur 20 millions) sont porteurs du VIH. Le taux de prévalence aurait baissé en 2016, selon des estimations (3,8 %, contre 4,3 % en 2011), grâce à un impressionnant plan de bataille visant à diminuer la transmission de la mère à l’enfant. Ainsi, 87 % des femmes qui vont aux consultations prénatales sont testées et, en principe, mises sous thérapie à vie.

Mais, en 2016, seulement la moitié a reçu des antirétroviraux (ARV). «Le personnel soignant n’est pas assez accueillant, ni assez nombreux», explique Theresa Nduwimana, responsable «Sida» de l’Unicef au Cameroun. L’hôpital de Garoua, qui dessert 2,7 millions d’habitants, n’a qu’une pédiatre et une gynécologue. Il y a aussi de fréquentes pénuries d’ARV, «dues à des problèmes de logistique». Voire de corruption.

Traitées en parias

Comme peu d’hommes sont dépistés, les femmes sont les premières victimes de la stigmatisation, toujours bien réelle, des malades du sida. Chez les Peuls musulmans du nord, il n’est pas rare qu’elles soient chassées de chez elles.

La maigre Amina, au visage usé, veille sur sa petite-fille d’un an. Elles habitent dans un village à 110 km de Garoua. Le bébé, sous ARV, souffre de malnutrition. «On n’a pas de lait, explique-t-elle. Ma fille de 22 ans était très malade et elle est morte après l’accouchement. Je ne savais pas qu’elle avait le sida. Je suis en colère contre son mari, qui avait 36 ans et l’a prise comme seconde épouse». Les mariages forcés de très jeunes filles avec des hommes âgés polygames sont fréquents dans le nord du Cameroun. La prostitution, aussi.

Priscilla Yuballa est sortie très jeune «avec des gars». À 14 ans, elle a eu un bébé séropositif, qui n’a pas survécu. «Ma grande sœur a dit à tout le monde que j’avais la maladie, se lamente-t-elle, tête baissée. Les gens m’insultent avec les yeux. Ma vie est gâtée». Seulement 13 % des 80 000 enfants séropositifs du pays ont été soignés en 2015. Le Cameroun est sur la bonne voie, mais il reste beaucoup à faire pour diminuer la mortalité et lutter contre l’opprobre.

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