La disparition puis la mort encore inexpliquées de Mgr Jean-Marie Benoît Balla, Evêque du diocèse de Bafia au Cameroun, ont déclenché une bourrasque, voire un « tsunami » de critiques contre l’Eglise catholique et ont donné d’entendre et de lire mille choses, dont certaines étaient extrêmement violentes et indécentes. Chacun y est allé de ce qu’il sait ou de ce qu’il croit savoir sur les Cathos, les évêques et les prêtres. Les auteurs de ces écrits et de ces déclarations, qui ont pris d’assaut les colonnes des journaux et surtout les réseaux sociaux, s’en sont donné à cœur joie, comme des vampires s’abreuvant du sang de leur victime ou des corbeaux ingurgitant les restes d’un cadavre puant. L’institution deux fois millénaire a ainsi été présentée comme un repaire de « démons » (pandemonium) et une organisation criminelle, évêques et prêtres peints comme de vulgaires « coureurs de jupons », d’impénitents homosexuels et de dangereux pédophiles, et de fervents serviteurs de Mamon.

Il n’est aucun Catholique digne de ce beau nom qui n’ait ressenti de la douleur, de la déception et de la révolte devant ces violences verbales et scripturaires. Les plus fragiles ont tout simplement choisi d’abandonner le navire en prédisant sa prochaine descente aux profondeurs abyssales comme jadis le Titanic. Les autres sont restés plus que perplexes et déboussolés devant ces prétendues révélations d’autant plus que les « fouilleurs d’égouts » leur ont donné l’impression de leur faire « découvrir la vérité » et la véritable nature de l’Eglise catholique. D’autres chrétiens catholiques consciencieux se sont trouvés dans le sacré devoir d’exiger plus de responsabilité et même de sainteté à leurs évêques et prêtres, en leur exigeant un retour au message et aux vertus évangéliques et sacerdotales, le renoncement aux plaisirs mondains (sexe, argent et pouvoir) que le gouvernement actuel a su leur procurer pour les mettre au service de sa survie et de sa perpétuation.

Il faut reconnaître qu’il y a du vrai dans ce qui a été dit et écrit, car bien souvent les chrétiens (du baptisé au prince de l’Eglise) se sont détournés de leur vocation et cessé d’être sel de la terre et lumière du monde. Il faudrait cependant garder la tête froide, en revisitant l’histoire même de cette Eglise qui a traversé 2000 ans d’histoire et qui est toujours sortie victorieuse des tempêtes et des scandales qui ont meublé ces deux millénaires d’histoire. Ce regard réaliste sur l’histoire nous permet de nous rendre compte que l’Eglise n’est pas d’abord une affaire d’hommes, mais bien l’Eglise même de Jésus-Christ !

Si elle était une affaire d’hommes, elle n’aurait même pas survécu à sa première année avec les premières persécutions qu’ont subies les Apôtres du Seigneur comme nous l’enseigne le livre des Actes des Apôtres. Elle a survécu à ces persécutions et a gagné tout l’empire romain dans lequel elle est également sortie victorieuse de la persécution la plus cruelle et la plus longue de son histoire sous les empereurs Néron, Auguste, Dèce, Dioclétien, Domitien, Trajan, Adrien, Marc-Aurèle, Septime-Sévère, Antonin, Décius, Valérien, Aurélien, etc. Elle est sortie victorieuse de plusieurs siècles d’hérésies (fausses doctrines) qui ont menacé la vraie foi (la foi catholique reçue des Apôtres), hérésies dont les nouvelles doctrines et les nouvelles églises qui essaiment dans nos villes ne sont que de pâles reflets.

Parce que Eglise de Jésus-Christ, Elle a survécu aux nombreux scandales sexualo-familiaux de certains de ses princes qui entretenaient femmes et enfants. L’Eglise catholique a subsisté aux scandales que ses propres fils ont provoqués dans l’histoire, qu’il s’agisse de l’Inquisition, des croisades ou du trafic des indulgences qui ont conduit à la Réforme protestante et au schisme luthérien. L’Eglise a toujours su se reformer sans cesse par l’entremise des grands saints et grands pontifes dans une sorte d’aggiornamento, afin de correspondre toujours et davantage à l’être-Epouse¬-Corps-du-Christ. C’est l’Eglise des Apôtres Pierre (à qui le Christ a confié jusqu’aux clés de la Porte du Ciel !!!), Paul, Jean, etc., des martyrs (….),

de Saint Ambroise de Milan, Saint Iréné, Saint Justin, Saint Augustin, Saint Bernard, Saint François d’Assise, Saint Thomas d’Aquin, Sainte Thérèse d’Avila, Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Padre Pio, etc. C’est l’Eglise de Kwa Mbangue, d’Engelbert Mveng, Jean-Marc Ela, Meinrad Hebga, Gabriel Soh, Aloys Tapiemené, André Wouking, etc.

Oui, comme chrétiens catholiques, nous avons été meurtris par l’actualité peu reluisante au sujet de notre Eglise qui est au Cameroun. Mais une méditation profonde de la Parole de Dieu nous donne d’accueillir ces événements comme un « temps de grâce » (kairos), le temps où la grâce et la miséricorde divines se font encore plus proches. L’histoire sainte, celle du Peuple de Dieu dans l’Ancien Testament, est justement une histoire de l’Alliance de Dieu avec son peuple, une Alliance sans cesse trahie, mais à jamais renouvelée par le Père des miséricordes infinies. Ce peuple ne se fabrique-t-il pas par exemple un veau d’or (symbole de nos mondanités) pour en faire « son » dieu aussitôt l’alliance du Sinaï conclue ? Et Dieu ne finit-il pas par faire grâce à l’intercession de son serviteur Moïse ?

Mais ce « peuple à la nuque raide » n’en finira pas tout au long de son histoire de mettre le Seigneur son Dieu à l’épreuve en se détournant de ses commandements et de ses préceptes (notre histoire personnelle et collective n’est-t-elle pas exemplaire de cette histoire ?). Dieu finira par le livrer aux mains des Assyriens et des Babyloniens, et les voilà en exil ! Le livre des Lamentations est là par exemple pour nous dire que, comme le peuple d’Israël en exil, dans ces moments de douleur qui sont les nôtres, nous devons nous tourner vers le Seigneur pour implorer sa miséricorde. Et dans cette situation, nous entendrons le prophète Isaïe nous annoncer la consolation, Dieu faisant grâce.

Nous n’avons aucune raison de désespérer de notre Eglise ou d’en rougir plus qu’il n’en faut ! A vrai dire, tout n’est pas si sombre, au contraire ! Il y a plus de lumière que de ténèbres. C’est la fameuse histoire de la tâche d’encre noire sur une feuille banche, qui est malheureusement plus visible pour les regards déformés des hommes, beaucoup plus enclins à voir le mal que le bien. Tête debout, le mât au vent, comme la barque de Pierre, l’Eglise avance et traverse les vagues dangereuses qui veulent la faire sombrer, chavirer et couler. Nous sommes rassurés par la présence du Christ qui ne dort pas et qui laisse les anti-cathos s’agiter comme ces vagues immondes. Que n’avait-on pas par exemple entendu à la renonciation du Pape Benoît XVI en février 2013 ? L’Eglise continue son chemin, les yeux fixés sur son Maître et les oiseaux de mauvais augure restent insensibles aux leçons de l’histoire.

Il nous appartient, à nous chrétiens catholiques, de continuer à écrire en lettres d’or l’histoire de notre belle et sainte Eglise ; ne la laissons pas aux journaux et aux réseaux sociaux dont la mission est d’en présenter le côté sombre. Ils sont et seront toujours plus attentifs à renforcer les traits noirs qu’à faire cas des mille « prouesses » qu’évêques, prêtres et laïcs de tous ordres réalisent dans le silence des paroisses sans sonner ni trompettes ni cor et sans alerter les médias. Qu’un seul prêtre dévie, le voilà faisant les titres des feuilles de chou et des réseaux sociaux et du coup, dans une sorte de métonymie, un individu devient l’image de tous les prêtres et de toute l’institution Eglise.

Jamais on ne parlera de ces centaines de milliers qui dans l’anonymat des campagnes soutiennent, réconfortent, guérissent, soignent, éduquent, baptisent, marient, accompagnent les mourants et les familles éprouvées.

Ça, personne n’en parlera, et ils n’ont même pas besoin qu’on en parle, car ils se savent « serviteurs inutiles » qui n’ont fait que leur devoir et qui attendent leur récompense dans les cieux. Ça, c’est la véritable histoire de notre Eglise que nous devons écrire.

Oui, cette Eglise reste et restera toujours sainte malgré les péchés de ses membres. Elle a été préfigurée dans l’Ancien Testament (Gn 12,2 ; 15,5-6 ; Ex 19, 5-6 ; Jr 31,31-34 ; Is 55,3), instituée par le Christ lui-même qui en est le pasteur (Mt 10,16 ; 26,31 ; Jn 10,1-21) et qui lui a donné une structure (Mc 3,14-15 ; Mt 19,28). Sur elle Il a envoyé l’Esprit Saint qui la sanctifie dans toutes les nations et la purifie sans cesse. Saint Augustin disait que cette « Eglise avance dans son pèlerinage à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (S. Augustin, Cité de Dieu, 18,51 ; cf. Lumen gentium n°8). Nous comprenons que cette Eglise est à la fois visible et invisible, c’est-à-dire qu’elle est constituée d’éléments visibles et humains (et nécessairement pécheurs), mais surtout elle a une dimension divine : « Humilité ! Sublime ! Tente de Cédar et sanctuaire de Dieu ; habitation terrestre et céleste palais ; maison d’argile et cour royale ; corps mortel et temple de lumière ; objet de mépris enfin pour les orgueilleux et épouse du Christ ! Elle est noire mais belle, fille de Jérusalem, celle qui, pâlie par la fatigue et la souffrance d’un long exil, a cependant pour ornement la parure céleste » (Saint Bernard, Cantique 27).

C’est pour cette Eglise que le Christ a s’est livré ; Il l’a purifiée par son Sang ; elle est le Temple de l’Esprit Saint. Sa sainteté est d’abord celle de Dieu le Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ses membres que nous sommes, sans exception, doivent se reconnaître pécheurs, car en nous « l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Evangile jusqu’à la fin des temps » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n°827) : « L’Eglise est sainte tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu’elle n’a elle-même d’autre vie que celle de la grâce : c’est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient ; c’est en se soustrayant à sa vie qu’ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C’est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de l’Esprit Saint » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n°827).

Chrétiens catholiques, nous confessons chaque dimanche que « je crois à la sainte Eglise catholique », et nous avons raison de le faire. C’est notre profession de foi en l’Eglise du Christ, mais aussi un appel et une responsabilité à devenir nous-mêmes des saints comme le Père céleste Lui-même est Saint !

Puissent les événements de ces jours nous faire devenir plus matures (adultes) dans la foi et nous conduire à porter un regard nouveau sur notre Eglise et ses serviteurs les prêtres. Ceux-ci ne sont pas des extra-terrestres ni des sur-hommes ; ils sont nos frères en humanité, ni anges ni démons, mais de simples humains et de mortels qui sont comme vous et avec vous sur le chemin de la sainteté.

Abbé Noël SOFACK

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