Je suis déçu que certains soient déçus de ce que le prof Simon Munzu et moi nous ne voyions pas le problème anglophone de la même manière. Mais que peut-on faire? Le prof Simon Munzu voit le Cameroun et la nation camerounaise comme devant être une nation avec deux systèmes coloniaux à préserver. Il évoque le fait que tous les pays africains qui ont été colonisés, ont évolué en préservant l’héritage colonial et que les deux parties du Cameroun auraient dû évoluer en préservant leurs héritages coloniaux. C’est formidable de voir des camerounais qui appellent l’héritage colonial comme un BIEN : l’héritage colonial, un drame de l’histoire qui relève d’un grave accident. Peut-être faudra t-il maintenant s’attendre à ce que certains politiques de notre pays se réclament des bienfaits de l’esclavage .


Moi je vois le Cameroun comme un pays avec un peuple qui a connu un grave accident dans sa marche historique, cet accident s’appelle la colonisation quelque soit le nom qu’on lui donne. Je ne conçois donc pas que le peuple camerounais revendique des héritages coloniaux : c’est pour cela que le Cameroun doit être une construction spéciale avec un pays, une nation, un système qui lui soit propre et qui n’est ni le système de l’oppresseur français ni celui de l’oppresseur britannique. L’oppression française ne nous a pas laissé en héritage une fédération, l’oppression britannique ne nous a pas laissé en héritage une fédération. Notre peuple a combattu ces deux oppressions et les a vaincu à deux moments différents ce qui vaut à notre peuple deux indépendances : une le 1er janvier 1960, l’autre le 1er octobre 1961. Cette situation est en soit un premier problème qui complique notre organisation en société normale et moderne.

A partir de cet accident de l’histoire, ceux qui devaient gérer les affaires publiques de ce pays particulier ont choisi d’organiser un pays, un État. Pour cela ils ont commencé par réunifier les deux morceaux d’un pays et d’un peuple qu’un accident a créé puis ils ont vu qu’il était bien d’unifier les deux parties comme les allemands ont choisi d’unifier les deux parties de leur pays et de leur peuple que la même guerre qui nous a divisé en Cameroun occidental et Cameroun oriental, a divisé en Allemagne de l’ouest et Allemagne de l’Est avec ceci de plus compliqué que : chaque partie de l’Allemagne était un État souverain. Les Allemands, longtemps après les camerounais, ont choisi d’unifier les deux parties de leur pays pour faire un pays, une nation, un système. l’Allemagne de l’Est ne s’est pas réclamée de l’héritage soviétique pour demander la formation d’un État qui serait une fédération qui conserverait les spécificités soviétiques de l’Allemagne de l’Est. Pour bien réussir cette unification de l’Allemagne, HELMUTH KOLL qui a réalisé cette unification, lui qui venait de l’ouest s’est organisé pour que son successeur à la tête de l’État unifié, soit un ressortissant de l’Est: voilà Angela Merkel.


Chez nous Ahidjo en tant que père de l’unification, au moment d’organiser sa succession, lui qui venait du Cameroun oriental, n’a pas donné le pouvoir à un ressortissant du Cameroun occidental. Il a fait la faute qui fragilise la construction de l’État unifié : il a donné le pouvoir à un autre ressortissant du Cameroun oriental. Voilà la naissance des frustrations des camerounais du Cameroun occidental. Si Ahidjo avait choisi son successeur parmi les camerounais du Cameroun occidental, l’État unifié du Cameroun aurait gagné en solidité grâce à une circulation harmonieuse et subtile du pouvoir qui a pour rôle de symboliser l’implication effective de chaque partie du Cameroun dans la construction de l’État unifié.


Quand on comprend d’où vient la faute, on ne peut pas, comme le prof Munzu, envisager de régler les difficultés que connaît la solidification de l’État unifié, par le retour à une phase transitoire( le fédéralisme) de la construction d’un État unifié, forme achevée de la réunification. Il saute aux yeux que la correction de la faute d’Ahidjo est la promotion au pouvoir d’un ressortissant du Cameroun occidental . c’est pour cela que le troisième président du Cameroun unifié ne doit pas être un francophone et que l’avènement d’un anglophone au pouvoir est un acte de consolidation de l’État unifié qui sera un pays, une nation, un système.

Une correspondance de  Abel Elimby Lobe

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