L’Institut national de la statistique (INS) vient de commettre une étude réalisée en 2014 auprès des ménages qui montre que 91% de Camerounais décrient la corruption dans les rangs de la police la gendarmerie, etc.

La quatrième édition de l’Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM 4) réalisée fin 2014 par l’Institut national de la statistique est disponible depuis quelques jours. Et pour la première fois, le Cameroun a introduit un module sur la corruption. Dans l’ensemble, la corruption, qui est un fléau entravant le bon fonctionnement des institutions, est décriée, selon Ecam, par 44% de la population et plus de la moitié de celle du milieu urbain. Dans l’ensemble, 91% de la population déclare que les agents de la police/gendarmerie ou de l’administration fiscale sont impliqués dans la pratique de la corruption. Il convient toutefois de relever pour le relativiser que ce niveau de perception de la corruption est en décalage avec les faits vécus.

C’est ainsi qu’au cours des douze mois précédant l’enquête 17% d’adultes en contact avec l’administration (soit près d’un usager sur cinq) ont été effectivement victimes d’actes de corruption de la part de fonctionnaires indélicats. Par administration, le niveau de corruption basé sur l’expérience personnelle (faits vécus) se situe à 14,3% pour les personnes ayant été en contact avec le fisc. S’agissant de la lutte contre la corruption, 60% de la population adulte déclare être au courant de l’existence d’un organisme de lutte contre la corruption et 62% se dit informée des efforts des autorités publiques en la matière. Cependant, 69% exprime un jugement défavorable quant à l’efficacité des actions gouvernementales anticorruption.

Les ministres se retrouvent également classés dans ce premier groupe des institutions dénoncées comme les plus corrompues. Suivent les députés, fonctionnaires, sénateurs et autorités communales, qui sont aussi déclarés par une large majorité (plus des trois quarts de la population) comme plutôt ou complètement affectés par ce fléau. Cette perception de l’étendue de la corruption rend compte de la prégnance du phénomène à tous les étages, quel que soit le niveau hiérarchique des agents, et qui concerne aussi bien les parlementaires que les fonctionnaires en général. Même les chefs traditionnels, qui sont généralement exempts de tout soupçon, sont jugés sévèrement par plus de la moitié de la population.  Seules les autorités religieuses se trouvent relativement épargnées dans la mesure où près de 70% de la population estime qu’elles sont peu ou pas du tout impliquées dans des affaires de corruption.

Organes de lutte contre la corruption

L’étude l’INS révèle que, même si une majorité de la population (60% de l’ensemble et 72% en milieu urbain) connaît l’existence d’un organisme de lutte contre la corruption, le fait que 40% n’en ait jamais entendu parler, en particulier en milieu rural, soulève quelques interrogations. Interrogés sur l’efficacité des actions gouvernementales anti-corruption, la grande majorité de la population (69%) exprime un jugement défavorable. Le bilan est d’autant plus problématique que plus d’un quart de la population juge la lutte complètement inefficace. Le manque d’information à son sujet ne semble pas être la principale cause de ce jugement négatif sur la lutte contre la corruption. En effet, 62% de la population estime être suffisamment informé sur les efforts des autorités en la matière. Leur perception ne résulte donc pas d’a priori dû à un manque d’information, d’un défaut de communication au niveau national, ou encore d’une faible sensibilisation à ces politiques. Une stratégie plus active, intégrant une politique d’information et de communication, est nécessaire pour endiguer le phénomène.

Les bons points de la santé publique et l’armée

Selon l’Ecam 4, ces deux administrations sont, selon la perception des populations, celles qui sont le moins touchées par la corruption.

Sur la base des perceptions, les seules institutions qui échappent à un degré de confiance bas sont les structures d’éducation et de santé publique (recueillant la confiance de respectivement 65% et 63% de la population) et l’armée (qui réunit 56% d’avis favorables). Moins de 40% de la population accorde sa confiance à l’administration en général (seulement 15% de la population se déclare très confiante). Les institutions qui assurent les fonctions régaliennes de l’Etat ne sont pas épargnées, la population qui les considère dignes de confiance est minoritaire (27% pour l’administration fiscale, 35% pour la justice et 37% pour la police/gendarmerie). Mais, la méfiance est surtout prononcée pour les institutions politiques : le Sénat et l’Assemblée nationale qui ne rassemblent qu’un tiers d’avis positif.

La population du milieu urbain émet des opinions quasi-systématiquement plus critiques par rapport à celle du milieu rural. La défiance affichée par une proportion importante de la population urbaine peut être la traduction d’aspirations non satisfaites: l’insatisfaction venant soit d’attentes plus grandes chez les urbains, soit de réalisations moins convaincantes en milieu urbain que dans le monde rural.

Pour essayer de saisir l’origine des insatisfactions, la comparaison de l’appréciation de la population suivant qu’elle ait été ou non en relation avec les administrations concernées au cours des douze mois précédant l’enquête est riche d’enseignement. Pour deux des trois institutions régaliennes (l’administration fiscale et la justice pour lesquelles les avis sont négatifs et qui figurent ainsi au bas du palmarès), le jugement moins sévère des individus qui ont été en contact avec elles relativise un peu, sans pour autant infirmer le diagnostic à leur égard.

Pour la mairie, le système de sécurité sociale, la commission électorale et surtout les structures de santé et d’éducation publique, l’accès tend à influer positivement sur le jugement émis par la population. Ainsi, les indices de confiance de 70% et de 71% sont obtenus respectivement chez les personnes qui ont accès aux structures de santé publique et chez ceux ayant accès aux structures d’éducation publique. En définitive, la méfiance ou l’opinion émise par certaines catégories de la population peut en partie résulter d’a priori ou d’éventuelles rumeurs.

Sylvain Andzongo

Décalage

L’Ecam 4 explique que, s’agissant du niveau de corruption effective mesuré par la proportion de la population ayant été en contact avec une institution au cours des douze derniers mois et qui déclare avoir été forcée d’offrir un cadeau, faire une faveur ou donner de l’argent à un agent de cette institution en échange d’un service, le niveau le plus élevé est enregistré pour la police/gendarmerie avec 14,3%. L’administration fiscale et la justice suivent avec respectivement 5,5% et 5,0%. Les personnels de formations sanitaires publiques atteignent le niveau de 1,7% et ceux des établissements scolaires publics 3,3%. L’important décalage entre le pourcentage de personnes effectivement touchées par la corruption et la perception d’une corruption très largement répandue pourrait paraître contradictoire. Ce constat n’est d’ailleurs pas spécifique au Cameroun.

En effet, la perception subjective peut inclure la grande corruption qui n’est pas mesurée dans l’indicateur d’incidence retenu dans la présente étude. Mais au-delà du type de phénomène saisi, les indicateurs de perception (subjective) et ceux basés sur le vécu (réalité objective) sont complémentaires : ils couvrent deux dimensions en partie déconnectées et qui toutes deux jouent sur les dynamiques réelles, qu’elles soient économiques ou politiques. Ainsi par exemple, la croissance peut être inhibée par un niveau de corruption trop élevé, mais parallèlement un régime peut faire face à des tensions sociales parce que la corruption est supposée généralisée ou perçue comme en croissance sans que nécessairement elle le soit en termes réels.

La Rédaction avec le quotidieneconomie.com

 

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