En pareille circonstance, toute prise de parole se doit de commencer par la compassion aux familles et proches des victimes, et un vibrant hommage à cette centaine de morts. Ces morts de la “mal gouvernance” de notre pays, je pèse mes mots. Ces hommes et femmes qui ont cru à leur pays malgré les vicissitudes du quotidien, qui ont exclu l’option d’aller clandestinement se “chercher” outre-Atlantique, croyant par la force de leurs mains travailler pour apporter leur modeste contribution à l’édification de la nation, et changer les choses de l’intérieur. En voulant vaquer à leurs occupations, honorer à des rendez-vous, rejoindre les membres de leurs familles, aller en week-end, ce trop plein de victimes ignorait qu’il avait rendez-vous avec le train de la mort, ce train “assassin”

Comment le qualifier autrement cet engin du malheur, si ce n’est de lui adjoindre un qualificatif aussi lugubre? Mais bon Dieu, qui est celui ou ceux qui ont eu cette idée machiavélique de surcharger ce train d’un nombre extraordinaire de voitures? Depuis hier, des personnes animées par une nuisible volonté d’absoudre les responsabilités des présumés coupables tentent désespérément d’ôter de nos têtes que le surplus de wagons ne peut en aucun cas avoir un impact quelconque sur le carnage à Éseka. Vaine tentative, grosse insulte pour la mémoire de ces compatriotes ayant perdu la vie, énorme provocation pour ces membres et proches des familles de victimes actuellement dans le désarroi le plus total devant les corps inertes et décapités parfois des leurs, portés disparus pour d’autres, sans oublier ceux au chevet d’accidentés dont le pronostic vital est engagé ou non, mais psychologiquement atteints. De grâce arrêtez cette danse macabre, elle est de très mauvais goût.

Certes, l’idée qui consistait au départ d’augmenter le nombre de voiture n’était pas mauvaise en soi, mais disons le clairement, ce projet semble avoir été pris à la va vite. En raisonnant par la logique ou même par l’absurde, le profane que je suis aurait émis des réserves sur notre ligne vieillotte de chemin de fer qui date de l’époque de mathusalem. D’ailleurs, nul besoin d’être ingénieur de chemin de fer pour savoir que les dimensions (écartement) pratiquées par les lignes de chemins ont longtemps évolué partout ailleurs. Du coup, je suis tenté de croire que les locomotives utilisées par Camrail datent forcément. Dès lors, la simple logique aurait voulue que ces paramètres soient pris en compte de manière très rigoureuse avant d’essayer de parer au plus pressé. Sachant surtout la situation préoccupante qui prévalait déjà à Matomb et dont le laxisme et la négligence ne sauraient être élucidés lorsque viendra le moment de tirer les leçons. Les moyens de transports terrestres ayant un nombre de passagers réduits, le train en plus considérable, la décision de la surcharge aurait sans conteste dû faire l’objet d’une plus grande rigueur.

D’ailleurs l’utilisateur du train que je suis ai déjà plus d’une fois emprunté le trajet Yaoundé-Ngaoundéré ou Yaoundé-Douala, vice-versa en faisant le constat que les wagons étaient parfois traînés par une locomotive à l’avant et une autre à l’arrière. Ma curiosité m’a alors permis dans ces voyages passés de savoir que cette technique de la “débrouillardise” avait pour objet de booster la capacité de traction. Je ne veux pas d’avantage enfoncer le clou mais, disons nous avec froideur mais honnêteté que le sinistre aurait été de plus forte amplitude encore, si le déraillement avait eu lieu 5km avant, soit à cet endroit de ce trajet là où le train traverse un grand ravin aux allures d’un canyon. En tout état de cause, l’ordre ou tout simplement la suggestion de multiplier le nombre de wagons était suicidaire. Tolérance zéro s’il est avéré comme les rumeurs tentent de laisser croire que ce serait le fait d’un ministre de la République. J’espère de tout cœur qu’il ne s’agit là que d’affabulations. Mais quand bien même se serait le cas, la responsabilité de “Camrail” de manière générale ou de “Mobirail” de manière singulière est incommensurable.

Desormais disais-je, l’heure est au recueillement. C’est pourquoi ce décret qui déclare lundi prochain journée de deuil national avec drapeaux en bernes est louable et salutaire. Mais n’en déplaise aux affabulateurs avocats défenseurs de ce qui n’est pas défendable en réalité, il aurait sans doute été assez tolérable pour le signataire de ce décret d’abréger son 《court séjour privé 》en Europe plus de 24 heures déjà après l’hécatombe, pour venir se joindre aux sinistrés sur place. Mais double hélas, comme lors des inondations dans l’extrême Nord il y’a quelques années où le chef de l’État une fois de plus était hors du pays, l’écho des leaders d’opposition est timidement incompréhensible. Mais où sont passés FRU NDI, KAMTO et les autres? Où sont les représentants au parlement du Nyong-Ekélé? Que de questions dans mon esprit? Je suis en larmes, des larmes de sang.

Armand Okol: journaliste camerounais

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