Lapiro de Mbanga et Kotto Bass avaient décidément plusieurs points en commun. Ils étaient tous deux de nationalité Camerounaise. C’était des artistes musiciens. À des degrés différents certes, ils pratiquaient de la musique dite engagée. À bien des égards, ils étaient de parfaits incompris, mais adulés par la famille des mélomanes d’ici et d’ailleurs. Ils ont su marquer leurs passages sur terre. Tous les deux sont désormais dans l’au-delà. Lapiro parti le 16 Mars 2014 et Kotto le 20 Novembre 1996. Dieu merci, ils ont auparavant légué à la postérité des chefs d’oeuvre. Mieux, chacun d’eux à au moins consacré une chanson à la célèbre ville de Bamenda.

Kotto Bass a magnifié le chef-lieu de la région du Nord-Ouest dans son titre “Yes Bamenda“, et Lapiro de Mbanga l’a évoqué dans le tube “Na you”, deux chansons produites dans un savant mélange des deux langues les plus répandues dans ce terroir: l’anglais et le piggin. Une initiative qui à elle seule constituait en soi pour ces sages qui avaient le français comme première langue d’expression, une véritable équation sans inconnue visant à briser les barrières linguistiques dans notre pays à la spécificité bilingue. Du coup, lorsque l’un ou l’autre devait se produire en spectacle à Bamenda ou à Batouri, c’était sans complexe aucun en leurs qualités de fils du grand Cameoun.

On peut donc affirmer qu’ils étaient des visionnaires pour ne pas dire qu’ils avaient des regards prémonitoires. À leur manière et dans ce qu’ils savaient le mieux faire, on peut croire qu’ils attiraient déjà notre attention sur la nécessité de construire et d’imprimer de manière tangible les marques du Cameroun un et indivisible que nous appelons de tous nos vœux. En chanson, de manière à peine voilée et ce dans une pédagogie faite de sonorités et de décibels, ils faisaient le travail de sensibilisation consistant à montrer le bien fondé du vivre-ensemble dans l’étendue du triangle national. Avec le recul du temps, il va de soi que la méthode était efficace.

Rien à voir avec l’approche actuelle ou transparaissent de manière fort dommageable le déni de l’existence même d’un quelconque problème “Anglophone”, l’hypocrisie de certains acteurs de part et d’autre qui ne jouent pas toujours franc jeu , la surenchère parfois, l’intimidation aux allures autoritaires, ou encore le sophisme stérile et désuet. Toutes choses qui créent désormais un monstre froid dans zone conflictuelle appelé la psychose, et dont les effets néfastes ne peuvent entièrement être extirpés au delà d’une rentrée scolaire effective ou pas. Preuve qu’au delà des mots,《ces évènements nous interpellent profondément dans notre chair et notre esprit》.

Kotto Bass, Lapiro de Mbanga et bien d’autres semblent avoir parfaitement intégré la donne de l’unité nationale. Un excellent concert de musique à “Commercial Avenue” de Bamenda avec ces deux géants en tête d’affiche aurait certainement fait l’affaire. Et grâce au pouvoir magnétique adoucissant de la musique, même les pires velléités de sécession ou de fédéralisme auraient certainement fondues comme du beurre sous un soleil caniculaire des mémoires de ceux et celles qui en font la demande. Ainsi donc, le sommeil de cette nuit aurait été moins tourmenté par l’incertitude réel qui règne en rapport avec la situation de la partie “Anglophone” du pays. “Yes Bamenda”, “Na you”, i no de forget you!

Armand Okol: journaliste camerounais

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