Un pays bien organisé n’a pas besoin d’un Messie, c’est-à-dire, un personnage doté de pouvoir magique qui viendrait le développer. Macron n’a pas été choisi parce qu’il est jeune, mais simplement parce qu’il incarne une manière de faire qu’il a traduite dans son parti, ses idées et son équipe. Et ce n’est pas un hasard si Macron et le Pen sont arrivés au second tour. Les deux incarnent les options possibles d’une société française au carrefour de deux hypothèses ; doit-on se claquemurer dans une souveraineté agressive, ou doit-on s’ouvrir ?

La principale leçon qu’il faut retenir de cette élection est que la victoire est le fait d’une orientation concrète fondée sur des solutions opérationnelles aux problèmes de l’heure du pays.

Il ne sert donc absolument à rien à rechercher des profils de Président chez les Français. Certains parlent de l’âge de Macron et en déduisent que les Camerounais doivent remplacer Biya parce qu’il est vieux. Mais qui vous a dit que la France a remplacé un vieux par un jeune ? La France a choisi une orientation programmatique par rapport à d’autres, l’âge ne jouant absolument aucun rôle !

Ceux qui s’imaginent qu’ils peuvent devenir chef d’Etat au Cameroun, au motif qu’ils sont jeunes comme Macron, qu’ils on été Ministre comme Macron ou qu’ils vont apparaître subitement et en moins d’un an comme Macron et devenir chef d’Etat se foutent le doigt dans l’œil. Le Cameroun n’est pas la France, le Parti socialiste n’est pas le RDPC et Hollande n’est pas Biya. Avec ces méthodes, personne ne serait étonné de revoir le Vieux Biya rempiler en 2018, et qui sait, même en 2025 ! Car dans un pays aussi hétérogène, aussi segmentaire, vous ne pouvez pas chasser un régime comme celui de Biya sur la base unique qu’il est vieux !

Nos hommes politiques doivent mettre un peu plus de profondeur dans leur projet et organiser des débats fondés sur leurs programmes ! Il faut mettre plus d’accent sur ce que vous êtes capable de faire, avec les ressources du Cameroun, de manière à convaincre que vous savez exactement ce que vous voulez de votre pays et que vous en êtes capable de le réaliser.

Ne me racontez pas que c’est au pouvoir que vous allez réfléchir. Le pouvoir n’est pas un lieu de réflexion, mais un lieu d’action. On n’a pas le temps d’y réfléchir, on doit trancher en permanence dans le vif. Ce n’est pas à Etoudi qu’on va se mettre à réfléchir sur la manière d’organiser la société, de faire des choix monétaires, de structurer la société, car Etoudi ne donne pas le temps de réfléchir ! Etoudi, c’est pour agir !

On réfléchit à ces problèmes bien auparavant. C’est la formalisation de ces réflexions qu’on appelle « programme ». Et c’est ce programme, bien pensé, bien éprouvé qui permet de fournir des réponses rapides aux problématiques qui se présentent.

Les pays centraux ont l’avantage de disposer des idéologies confectionnées au cours de leur évolution par leurs penseurs, et ajustées progressivement au fur et à mesure de leur évolution. Aujourd’hui, ces idéologies qui ont évolué reposent essentiellement sur la manière de partager les ressources déjà créées, regroupées autour de deux pôles : le pole social qui met l’accent sur la distribution, et le pole libéral qui met l’accent sur l’initiative individuelle.

Mais de telles idéologies ne sont adaptées qu’à des systèmes évolués dans lesquels la production est satisfaisante pour tous. Les partis politiques occidentaux sont donc la synthèse opérationnelle des idées développées par leurs penseurs en Économie, en droit, en science politique, et non des choses piquées ça et là pour accéder simplement au pouvoir.

Mais dans nos pays, on ne voit pas cet effort de valoriser la pensée locale. Pourtant, ce n’est pas faute de sources d’inspiration, à commencer par les diverses formes de socialismes testées en Afrique, sans compter l’abondante littérature politique, économique et sociologique confectionnée par les penseurs africains. Quand un homme politique camerounais vient nous parler social-libéralisme, de communisme, de libéralisme, de secteur privé, de révolution, il parle de quoi ? On ne sait pas très bien de quoi il veut parler !

Or, nous avons des préoccupations fondamentales :
-la place de l’Etat dans le système productif
-le chômage massif
-la faiblesse des revenus
-l’équilibre régional
– la forme de l’Etat
-les institutions
-les problèmes de cohabitation communautaire
-les problèmes du système monétaire
-le déséquilibre permanent de la balance courante
-lé désindustrialisation
-etc.

On veut des solutions opérationnelles à ces problèmes concrets et non cette logique spéculative où on nous promène dans des dénonciations démagogiques, des principes spéculatifs et un moralisme stérilisant.
On veut des démarches opératoires qui vont nous convaincre que tel ou tel peut faire l’affaire !

Dieudonné Essomba

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3 Comments

  1. Quel était le programme de Paul BIYA à son arrivée au pouvoir ?!! En 35 ans de règne, le pays souffre coe un état qui vient d’être autonome. Pas d’énergie, pas d’eau, pas de routes, pas d’industrie locale, etc. On consomme ce qui vient du loin :cuir dent, papier hygiénique, séjour, bureaux, fleurs..

  2. Le secteur informel qui est à 90%producteur de richesse n’est pas regulé. Mais plutôt réprimé e étouffé :marchés non construit, les mt taxi, taxi (coût du carburant ht) les bayam selam doivent nourir les Regisseur de marché etc Dr vos analyses en éco nous st plus utile. M6 de ne pas faire digression

  3. 2018 surprendra plus d’un soyez patient ! La masse à compris son rôle et est déjà au rendez-vous. Plus jamais les choses ne se décideront sans son consentement. Mes les hyper pessimistes sont déjà au pas et tout ira azimuts

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