De la tristesse à la célébration et l’émerveillement, les obsèques de l’évêque de Bafia sont devenues un grand moment d’éveil citoyen et chrétien comme seuls les martyrs savent l’inspirer.

Mgr Jean Marie Benoît Bala sera-t-il béatifié un jour ? Les incertitudes et imbroglios autour de son décès ne permettent pas d’envisager avec sérénité cette perspective. Même si rien n’est moins sûr, sans doute faudra-t-il attendre le dénouement juridique de cette affaire pour aviser.

Mais les signes qui se sont multipliés ces dernières 24 heures à la suite de la levée de son corps montrent que la nature et les Cieux ont fait leur choix. Un peu comme en réponse au choix des hommes, selon la promesse du Seigneur à Pierre : « ce que tu lieras sur terre sera lié au ciel ».

Ceux qui ont cru sceller son sort en l’enlevant le 29 mai 2017 à son évêché de Bafia, en l’assassinant, en mettant en scène son meurtre pour faire croire au suicide, en jetant à la Sanaga son corps et en le déclarant pour noyé y ont grandement contribué.

Malheureusement pour eux, ce qui leur sera compté, ce ne sera ni la sainteté, consacrée d’un pécheurs qui traînait nonchalamment, comme le commun de ses congénères, le poids de ses fautes ; ni la conscience retrouvée d’un peuple désormais avisé de la menace des dérives sectaires de son élite, qu’elle soit politique sociale ou religieuse. Une élite qui semble avoir choisi le vice comme façon d’être.

L’on ne mettra non plus à leur avantage la parole libérée d’une curie qui, à l’instar de Mgr Joseph Akonga Essomba, se montre capable de tutoyer le pouvoir, les lobbies internes et externes à l’Eglise avec sérénité et vérité. La Parole de Vérité peut de nouveau montrer le Chemin de la Vie ; comme une nouvelle Pentecôte.

Une Vérité proclamée avec hauteur, pertinence voir impertinence (dans ce que le style peut avoir de plus noble), dextérité, connaissance et à propos. Une Eglise qui raconte le Christ, de nouveau serait-on tenté de dire, comme on commençait à en désespérer.

Avec elle, Mgr Bala est plus que jamais vivant. Le discret évêque de brousse, l’affable ministre du culte en sandales est devenu le symbole de l’éloquence chrétienne retrouvée, la conscience et la révolte citoyennes manifestées, l’autorité ecclésiale proclamée.

Le frêle apôtre des rue de Bafia est désormais le roc contre lequel viendront se briser toutes les critiques, avérées et erronées ; ces inimitiés et médisances populaires qui font de l’Eglise la cible préférée de ceux qui ont mal à leur être.

Celui qui révèle aux puissants leur impuissance et dissipe, ne serait-ce que le temps d’une semaine, la faute commune d’une Eglise pas toujours à la hauteur de sa mission prophétique.

Un mémorial

Hier, le ciel de Yaoundé s’est couvert d’un sombre nuage. Celui d’un pays, une société, un peuple étreint par la ténèbre d’un défaut, le refus de modèles justes et bons. La ténèbre d’une Eglise qui est noyautée par les suppôts du mal.

Celle qui a mal en ses relations avec le pouvoir, en son rapport au monde, aux biens matériels, à l’argent. Cette Eglise qui saborde l’exigence d’exemplarité, pourtant sa mission fondamentale, en tant qu’elle est témoin du Christ.

Mais au milieu de ce sombre tableau, le voile s’est déchiré. La lumière a surgi, celle du martyr de Mgr Jean Marie Benoît Bala. Incrédule devant cette merveille qui jaillissait des ténèbres, ce soleil qui déchirant l’épais nuage sombre d’une cité éplorée, la foule est entrée comme en trance, à la suite de l’homélie foudroyante de Mgr Joseph Akonga Essomba.

« Cet homme était vraiment un saint ! » Cette acclamation au perron et alentours de la cathédrale Notre Dame des Victoires de Yaoundé redisait le soldat romain posté, il y a deux mille ans, sous la croix du Christ.

Elle a posé les scellés célestes sur un destin que l’on a voulu noyé. Qu’il leur plaise ou pas, en dehors et au sein de notre Eglise, Jean Marie Benoît Bala est un Martyr, un saint de Dieu.

Pour lui, les temps sont accomplis. Mais, comme avec le Christ ressuscité, ils ne font que commencer pour nous. Saurons-nous aller au bout de l’intention divine qui a sous-tendu les événements de ces deux derniers mois ? Saurons-nous la comprendre, la saisir ? Comme il y a deux mille ans, sommes-nous conscients que la célébration des obsèques qui se termine ce matin n’est que le début d’une ère nouvelle, celle de la conversion ?

Ces questions vont aux baptisés chrétiens, et les catholiques en premier. Ceux qui ont participé, d’une manière ou d’une autre, à l’assassinat de Mgr jean Marie Benoît Bala. Ceux qui ont pu servir de quelques manière que ce soit à entretenir le mensonge sur son meurtre.

Elles s’adressent aussi à tout ceux qui auraient pu, de part le position sociale et professionnelle, être sollicités dans cette macabre entreprise. Ceux qui servent le système qui a tué Mgr Bala et croient ainsi servir le Cameroun.

Elles s’adressent aux religieux, religieuses, prêtres et évêques, envoyés dans le monde pour ne pas être du monde. Mais qui, pour certains, se réclament davantage aujourd’hui du mondain que quiconque.

Ceux qui servent les causes antagonistes à l’Eglise de Jésus Christ. Ces « faux-frères qui assassinent les prêtres » dont parlait Mgr Akonga. Et qui ont pu participer, d’une manière ou d’une autre, à la mort de Mgr Bala.

A la suite du Christ, Mgr Jean Marie Benoît Bala, serviteur de Dieu, est désormais un mémorial. Saurons-nous, chaque jour de notre vie, faire toute chose en référence de cela ?

Il a fait le choix de mourir plutôt que d’abjurer, saurons-nous, nous aussi, accepter de mourir à nos tribalismes, nos perversités, nos divisions, nos ambitions démesurées et surréalistes, nos cupidités, nos désirs insatiables, nos excentricités, nos obsessions d’être et de pouvoir ?

Sa mort est à la fois une sonnette d’alarme et le début d’une ère nouvelle. Nous pouvons ne pas l’entendre, l’histoire ne s’écrira pas moins, mais ce sera sans nous, pour notre plus grand drame.

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