Ce matin, elle m’a rappelé au téléphone que : « tout le monde est une étoile ». Mais des étoiles qui brillent comme elle, on n’en trouve rarement dans l’univers médiatique camerounais. En ma manière, je rends hommage à cette jeune femme que « j’affectionne » particulièrement en silence. Elle le mérite dans un pays où la presse est étranglée, où les journalistes sont clochardisés et jetés en prison.

J’espère que tu ne m’en voudras pas d’avoir écrit sur toi. Peu importe. J’en assumerai les conséquences. Il fallait absolument que je me libère de ce lourd fardeau qui devenait de plus en plus pesant. Aujourd’hui, « Josi », au moment où les journalistes des quatre coins du monde célèbrent la journée internationale de la liberté de la presse ce 3 mai 2017,  j’ai trouvé idoine de faire  quelque chose de neuf pour mes lecteurs.

Alors mes pensées se sont dirigées vers toi. Mon cœur m’a recommandé de rédiger ce billet pour te féliciter. Rien n’était prévu, je t’assure ! J’obéis juste à un ordre. Pour le rédiger, j’ai remis mes idées en place. Je me suis souvenu de nos différentes conversations. « De mes petits yeux doux ». « De ton refus ». Aujourd’hui, mon cœur est bien à sa place. Il ne bouillonne plus. Mes doigts non plus ne tremblent plus sur le clavier de mon Lap Top.

Au chevet des personnes en détresse

Dans mon horloge, il est 7h 30 minutes. Je suis déjà debout. J’ai commencé à rédiger ces lignes hier, à une heure très avancée de la nuit. Alors que j’avais prévu dormir plus tôt pour être en forme ce matin.Où j’ai sûrement péché, c’est que j’ai laissé mon ordinateur allumé. Pour faire dodo plus tôt, il fallait l’éteindre.Mais la vérité est que je voulais à tout prix libérer mon cerveau. Il fallait que je t’écrive. Que je te dise ce que je pense de toi actuellement. En toute sincérité, je ne sais plus grand de toi, à part quelques petits souvenirs du terrain.

Ton sourire. Ton engouement. Cette rage qui t’animait. Je me souviens la première fois qu’on s’est rencontré. C’était en 2013 au quartier Dakar à Douala, si j’ai bonne mémoire, à une cérémonie liée aux maladies du cœur. Le modérateur de cet événement était Jean Vincent Tchienehom, l’un des plus respectables journalistes camerounais. Tu t’en souviens ? Tu étais encore en stage au quotidien « Le Jour ». La curiosité t’animait. Tu étais jeune, très jeune même, mais tu savais déjà ce que tu venais chercher dans cet univers gouverné par la précarité et les coups bas. Tu avais déjà ta cible. Je voyais en toi une jeune fille naïve et très sensible. L’injustice ne t’arrangeait pas.

Je me souviens également que tu m’as plusieurs fois demandé les contacts des réfugiés de la ville de Douala. Leur situation t’intéressait. Tu voulais savoir comment ils vivent au Cameroun. Comment ils s’en sortent sans sous avec un soutient très limité du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (Hcr).Ta plume, tu la baladais presque partout. Tu étais même devenue l’amie de Jean-Louis Kalema, président du Collectif des réfugiés de Douala.

Tu traitais également d’autres cas sociaux dans le quotidien « Le Jour », qui représentait pour toi le meilleur tabloïd du pays. J’étais toujours fier de me retrouver sur le terrain avec toi. On avait toujours à se dire. Des histoires ne nous manquaient presque jamais. Seul ton sourire activait les sujets. On se regardait en face pour mieux se dire les vérités. Tous les deux, on détestait les couvertures des événements dans les grands hôtels huppés de la place. On aimait parler des sujets qui peuvent aider les personnes en détresse. Le journalisme de terrain était notre passion. Mais nos chemins se sont séparés quelques années plus tard. Tu as poursuivi tes rêves.

Le principal était la réalisation des reportages sur les terrains du conflit. Tu t’es suffisamment armée pour relever ce défi. Tu as d’abord mis la peur de côté. A la rédaction régionale du quotidien où tu bossais, tu étais entourée des professionnels de la plume et des gens qui connaissent le journalisme de guerre. Je pense à Dénis Nkwebo, président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc).

Tu as vite appris et tu as choisi ton champ de bataille. Cependant, je n’oublie pas que tu as été une brillante mondoblogueuse avec ton blog « Lumière du Cameroun ». Je « dégustais » tes billets sans modération. Ta plume me passionne. Mais j’ai la mienne à qui je tiens hein ! Bref, j’aimais ta façon de rédiger les billets. Ton professionnalisme, ta rigueur et ta persévérance ont fini par produire des fruits. Tes multiples voyages avec l’équipe Mondoblog ont également contribué à cette victoire.

Tu es encourageante

Tu étais très contente le jour où j’ai obtenu mon ticket d’accès sur la plus grande plateforme des blogueurs francophone. Tu m’as donné les meilleures astuces pour rédiger des billets de qualité qui devaient régulièrement faire la Une du Mondoblog. Quand on s’est revu quelques mois plus tard, au siège du Hcr à Bali en 2014, tu m’as encouragé comme les vraies doyennes. Tu me disais que mes  billets étaient « chouettes ». Hum ! Quand ça vient de toi, je prends avec deux mains ! J’étais flatté. On a causé en marchant. On a beaucoup marché. Notre conversation portait sur la persévérance dans nos différents domaines. En tout cas, toi, tu me disais que tu ne gères pas les humeurs des uns et des autres. Que ce n’est pas parce que tu es une femme que : « tu ne peux pas faire certaines choses ». Ce n’était pas des paroles en l’air. Tu as pris ton courage à main et tu as foncé. Tu n’as reculé devant aucun obstacle. Tu as réalisé des sacrés reportages dans l’Extrême-Nord du Cameroun, menacé par les terroristes de Boko Haram.

Tu es allée dans les zones abandonnées par les pouvoirs publics pour décrire la misère des populations riveraines. Tu as dénoncé et suscité des débats dans notre pays. Et plusieurs personnes ont certainement retrouvé le goût de la vie grâce à tes écrits. Tu sais Josiane, tu as agi comme une « grande fille » sur tous les fronts. Tu as eu des malaises pendant le boulot, mais tu as vaincu. Tu es tombée malade pendant les recoupements, mais tu as tenu bon. A pied ou en moto, en voiture ou en avion, tu es allée toucher du doigt les réalités sous plusieurs cieux. Je te tire un coup de chapeau juste pour ce courage et audace.

Tu sais ce qui me déchire plus le cœur, c’est que tu t’es jetée à l’eau sans compter sur personne. D’abord que les gens qui sont nés dans des familles aisées ne peuvent laisser « une petite » fille se balader à l’Extrême-Nord toute seule pendant la guerre.Il faut avoir un cœur de lion pour réaliser ce que tu as réalisé en si peu de temps. Ce courage paie aujourd’hui. Tu te rends compte que tu as déjà une dizaine de prix nationaux et internationaux à ton jeune âge hein ? C’est le fruit de ton travail. Je dirais aussi de ton humilité. Chose  formidable. Pour moi tu dois être une référence, pour nombre de nos jeunes compatriotes qui ne croient plus en leur future.

Tu n’as pas eu besoin d’être bien entourée pour réaliser ton rêve. Josiane, tu sais ce qui est encore plus formidable, c’est que tu n’as pas eu besoin d’aller dans les grandes écoles de journalisme pour décrocher ces prix devant ceux qui bombent le torse et mettent le nom de leur « grande école de journalisme » sur leur carte de visite pour venir « chier » sur le terrain.

Une perle

Je ne sais pas si un journaliste camerounais de moins de 30 ans a déjà empoché autant de prix, mais je sais quand même qu’il faut être un génie pour s’en sortir dans l’univers médiatique camerounais. C’est pour cela que je suis dans l’obligation d’honorer ceux qui réussissent malgré la précarité dans laquelle nous sommes plongés. C’est un secret de polichinelle, la presse camerounaise vit des heures très difficiles. Surtout les médias privés. Les médias d’Etat ne connaissent pas cette misère qui oblige nos directeurs de publication à tirer le diable par la queue. Donc quand une plume comme celle de Josiane Kouagheu émerge dans ce tourbillon, il faut la valoriser. Du courage « Josi » et bonne célébration de la journée internationale de la liberté de la presse!

La Rédaction avec ndengue.mondoblog.org

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