Les images présentées au sujet de la résidence de l’ancien DG du Budget ont suscité un vif débat qui a fini de manière logique par se coaguler en une confrontation tribale, les uns y trouvant un scandale quand les autres la trouvaient normale et conforme à l’activité de l’homme en tant que haut cadre de l’administration publique et important acteur du secteur agricole.

Il faut d’abord le dire de manière claire et nette : toute l’élite camerounaise, administrative, politique ou commerciale est essentiellement parasitaire et tous vivent aux frais de l’Etat. Les détournements des fonds publics prennent des formes complexes, où les gestionnaires forment des collusions avec des hommes d’affaires pour masquer les déprédations, à travers la surfacturation, les marchés fictifs, l’évasion fiscale, etc.

Tous sont pourris jusqu’à la moelle et aucun ne peut présenter patte blanche ! Les immeubles construits à Yaoundé par les Bamileke et les villas construites par les Betis sont pour l’essentiel le fruit des rapines, les uns ne se distinguant des autres que dans le rôle qu’ils jouent dans les opérations de prédation et le recyclage de ces rapines.

Là où les Bamilekés les recyclent en immeubles commerciaux, les Betis construisent des villas de luxe. Monsieur Samba aurait construit un petit immeuble de 3 à 4 niveaux pour la même somme que son bâtiment n’aurait pas présenté la même indécente visibilité. C’est cela que font les Bamileké, plus discrets et plus utilitaristes, au moment où les Betis, plus vaniteux, enterrent des sommes tout autant importantes dans des résidences somptuaires visibles et économiquement inutiles.

Il n’y pas plus de raisons qu’un fonctionnaire détourne les fonds de l’Etat qu’un homme d’affaires et on ne saurait établir une échelle morale entre deux groupes de prédateurs, que ceux-ci utilisent les griffes et les autres utilisent les dents. Tous sont des voleurs, et le haut Cameroun n’est formé que de voleurs
Et tous regardent avec une terrible angoisse la perspective d’un changement radical de régime qui mettrait fin à ces pratiques. Leur adhésion sans faille à leur mentor, le vieux Pharaon Biya bi Mvondo Paul Barthélemy, 84 ans, Administrateur des Colonies et diplômé de l’Institut des Hautes Etudes d’Outremer, ainsi que leur détermination à le maintenir jusqu’au bord de la tombe ne sont liées qu’à cette effroyable perspective de voir un tel régime chassé.

De manière claire, la présentation OPPORTUNISTE d’une résidence qui date déjà de plusieurs années marque un des épisodes de la guerre de succession, qui prend une tournure de plus en plus volcanique en se coagulant sur la logique intercommunautaire par des généralisations ad hoc. Tous les raisonnements prennent une tournure biaisée :

-d’un côté, nous ne sommes plus en présence d’un acte de détournement éventuel de fonds qui devrait attirer une légitime désapprobation sur son auteur, mais devant un acte chargé de significations symboliques : « les Betis détournent les fonds, donc ils doivent remettre le pouvoir à d’autres ».
-de l’autre, nous ne sommes plus en présence d’une désapprobation saine devant un acte qui viole les règles de la morale, mais devant une stratégie de déstabilisation : « Les Bamileké veulent déstabiliser les Betis pour s’emparer du pouvoir d’Etat ».

Ce basculement vers une interprétation communautariste des phénomènes au Cameroun va s’intensifier, au fur et à mesure que le temps passe et que s’accroît la compétition sur les ressources publiques de plus en plus rationnées, à savoir les emplois publics, les postes de pouvoir et les infrastructures.

L’Etat néocolonial était bâti sur l’octroi de ces avantages comme des instruments de séduction, mais il n’a pas su anticiper qu’un tel modèle allait être rapidement débordé. Il l’est désormais, et l’Etat, dépassé, se retrouve à une gestion au jour le jour, où le budget officiel voté par le Parlement garde un caractère purement formel, le budget réel étant le fait des instances qui gèrent la liquidité. C’est le Directeur du Budget qui traite directement avec les instances supérieures, notamment la Présidence, totalement en marge des procédures normales, avec des transferts de ressources qui prennent la forme d’un transport physique d’argent à travers les sacs « Mbandjock ». Comment peut-on concevoir qu’un tel individu puisse s’empêcher de tourner cette opacité en une occasion d’enrichissement personnel ?

Mais plus fondamentalement, cet Etat reste bloqué dans les réponses à fournir aux problèmes qui ne font que s’amplifier. Les Nordistes se plaignent-ils qu’ils n’ont pas eu le nombre de places dans l’Ecole Normale de Maroua, on ordonne le recrutement de tous. Les Anglophones protestent-ils sur les problèmes de droit, on ordonne le recrutement de centaines d’entre eux. Les jeunes menacent-ils de se lancer dans la rue ? On lance un recrutement de 25.000 diplômés.
Mais toutes ces actions ne font qu’engorger l’Etat, l’entrainant à une situation de plus en plus insoutenable.

Clairement, l’Etat néocolonial est devenu obsolète et ne peut plus rien offrir de bon aux Camerounais. Y compris un débat serein, car tout thème sera toujours et de manière intensifiée examiné sous le prisme communautariste : les débats ne fourniront plus jamais de solution, parce que biaisés par cette logique.

C’est cela que j’avais compris quand j’avais appelé à la modération l’élite Betie qui s’en prenait violemment aux Anglophones et à la fédération, s’érigeant en grands défenseurs de l’Etat unitaire. Pourquoi se plaindraient-ils des accusations récurrentes clairement formulées par les Bamiléké qu’ils sont des parasites vivant aux frais de la Communauté nationale à travers les détournements de fonds publics ?

L’Humanité avait défini, par expérience et raisonnement, une forme d’organisation qui empêche les peuples paresseux, fainéants et jouisseurs de vivre en parasites sur le dos des autres peuples travailleurs, honnêtes et intelligents. Ce système est la fédération, qui permet d’avoir un Etat fédéral limité dans les secteurs de souveraineté, avec des Etats fédérés disposant d’une large autonomie. Cela permet de confiner les déprédations des peuples parasites, tout en ménageant le potentiel des peuples compétents.

Cette sortie haineuse des Betis contre la fédération, et cette allergie contre le concept justifie clairement les accusations de parasites qu’on leur attribue. Seuls, en effet, des peuples parasites peuvent refuser l’autonomie qui permet à chacun d’exprimer concrètement son importance réelle et son positionnement stratégique dans un pays, s’arc-boutant sur les principes d’unité nationale pour masquer leurs impotences.

LE PROBLEME BETI

Mais il reste une question fondamentale qui s’adresse spécifiquement à cette communauté : les Betis ont soi-disant le pouvoir contrôleraient de ce fait les entreprises d’Etat, les postes ministériels et les postes de pouvoir. Cela leur donnerait la latitude de recruter les leurs.

Mais que va-t-il se passer quand une autre communauté prendra le pouvoir et que ces possibilités virtuelles ou réelles qu’on leur attribue aujourd’hui vont disparaître ? Que vont faire les Betis?

Cette question est centrale pour le devenir des Betis et la paix au Cameroun. Aujourd’hui, la seule opportunité d’emploi décent qui se présente à un jeune Beti est un strapontin dans l’administration publique et des appendices de l’Etat (sociétés organismes, mairies). Ils n’ont rien d’autre. Comment ne pas voir cette énorme fragilité de la communauté ? Le moindre recrutement fait l’objet des récriminations venant de partout, le dernier cas étant Atangana Kouna qui a cru devoir recruter un peu plus les Betis pour travailler dans les zones Beties : il a été pratiquement pendu sur la place publique.
Qu’est-ce que cela donnerait si le régime qui succède à Biya leur rappelle, à juste titre, que le Cameroun ne leur appartient pas et qu’ils doivent à leur tour laisser les places aux autres ? Que feront-ils alors ? Sans les maigres strapontins de l’administration publique, et sans la moindre unité productive moderne, qu’est-ce qu’ils vont faire ?

On ne peut pas continuer comme cela. L’époque où les Betis pouvaient vivre sur le dos d’un Etat bâti sur le modèle colonial qui offrait un strapontin à ses diplômés est totalement révolue. Cet Etat est totalement débordé par rapport aux espérances des Betis et à leur manière d’être.

Quand l’élite gouvernementale Betie tient le discours sur un secteur privé qui résoudrait le problème d’emplois de leurs jeunes frères, on est en droit de se demander à qui elle pense en particulier. Elle-même n’a prouvé nulle part ses capacités à créer un secteur privé, nonobstant les immenses sommes qu’elle a distraite légalement ou non de l’Etat postcolonial pour les dilapider dans des villas de marbre dont l’utilité économique est totalement nulle, des grosses limousines, sans compter un mode de vie somptuaire faite de champagne et de ketchup.

Et la résidence de Samba montre jusqu’au grotesque cette terrible réalité. Comment imaginer qu’on puisse enterrer des sommes pareilles, même légalement acquises, juste pour des besoins de démonstration, alors qu’à Yaoundé, en plein cœur beti, on ne voit aucun investissement d’importance appartenant à cette communauté ? Aucun hôtel aucune université privée, aucun immeuble commercial, aucune boulangerie, rien ! Rien, même dans les secteurs accessibles aux Camerounais ! Absolument rien ! Maintenant, quand cette élite parle d’un privé qui va recruter leurs petits frères, ce privé viendra d’où ? Donc, les jeunes Betis iront profiter des efforts des Bamileké et des autres ?

En vérité, les élites Beties se prépare à embarquer la communauté dans une sale histoire de confiscation du pouvoir, en lui brandissant comme argument la marginalisation si elle ne les soutient pas dans leur folle tentative. C’est un jeu malsain et extrêmement dangereux que les gens d’Ahidjo avaient joué et avaient perdu. Comme les hommes n’ont pas d’intelligence, ni de mémoire, c’est le même jeu que les Betis qui sont autour de Biya croient pouvoir jouer, mais ils vont aussi échouer : la succession de Biya se fera dans les normes et la Communauté ne suivra pas son élite dans cette folie.

Le seul enjeu des Betis reste uniquement l’existence d’un Etat fédéré. Il s’agit d’un impératif de survie pour trois raisons centrales :

-un moyen de ménager en permanence des emplois publics, sans avoir à subir les rebuffades ou être poussé à des confrontations avec le nouveau régime,

-un cadre où exprimer pleinement leur culture, en promouvant une administration en sa langue ;

-une possibilité de créer un secteur productif qui leur pourvoit en emplois qu’ils ne peuvent obtenir autrement, car un Etat Beti ne s’empêcherait pas de créer des Hôtels publics et de faire au nom des Betis ce que l’élite a refusé de faire individuellement.
Car le Beti aime être salarié avec un bon salaire. C’est comme cela qu’ils sont et personne ne va les changer et personne n’a même pas le droit de les changer : on ne développe pas les gens en violant leur nature profonde. Pourquoi les forcer à épargner pour investir ? Ils ne sont pas obligés ! Par contre ils doivent avoir une institution qui le fait à leur place !

Tout en encourageant les résidents capables d’investir, cet Etat va lui-même construire des Hôtels de haute classe, des Ecoles spécialisées, des cacaoyères géantes, des caféières gigantesques, tout cela pour répondre à leurs besoins d’emploi moderne. L’Etat du Cameroun a bien commencé à le faire dès 1960, mais il a été entravé par sa mauvaise gouvernance et il est maintenant muselé par ses maîtres occidentaux auxquels il obéit comme le parfait caniche qu’il est. Mais on ne peut nier le fait évident que s’il n’avait pas créé ces structures, le Cameroun n’aurait rien du tout.

Un Etat Beti dans un grand Etat camerounais est une question de vie ou de mort pour les Betis. Si les Betis ne comprennent pas la nécessité de cet Etat, ils sont perdus.

En m’adressant aux Betis, c’est davantage pour les sensibiliser sur les enjeux de la forme de l’Etat, sur les fausses espérances que leur miroite l’élite néocoloniale et sur les menaces qui pèsent sur le Cameroun et dont ils peuvent se rendre des vecteurs sans s’en rendre compte.

Mais ce discours s’adresse à tous les Camerounais, puisque tous les segments communautaires reproduisent les mêmes préoccupations. Toutes les Communautés camerounaises doivent réclamer leur Etat dans cet ensemble unitaire qui étouffe, qui étrangle, qui rabote, qui nivelle et qui n’apporte rien d’autre que les conflits et la haine. L’ennemi mortel du Cameroun est donc l’Etat colonial qui se revêt du manteau d’un Etat normal centralisé alors qu’il n’en est qu’un travestissement. Le problème anglophone nous donne l’occasion pour mettre fin à cet ordre des choses.

Les Betis doivent réclamer un Etat fédéré dans un ensemble fédéral. Ces histoires d’Etat un et indivisible est un piège à cons pour tous les Camerounais, et si les Camerounais y persistent, ils en verront les conséquences de leurs propres yeux.

Dieudonné ESSOMBA

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