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*PROTOCOLE DE QUESTIONS AU MOUVEMENT NON AU FRANC CFA Partie1*
Aujourd’hui en Afrique la question du franc CFA est bien plus épineuse que les questions de gouvernance. Et dans un sens ou dans l’autre, il s’agit d’un sujet qui fâche tout en divisant les leaders africains. Dans la foulée plusieurs économistes et grandes voix de l’Afrique francophone se sont levés et ont mené des actions pour faire tomber le franc CFA qu’ils jugent dangereux pour les pays. Rassemblés dans un mouvement dénommé NON AU FRANC CFA, certains d’entre eux se montrent bien plus catégoriques. *Jaurès SOGBOSSI*, industriel africain, est analyste économiste et porte-parole du mouvement.

1. *Votre mouvement lutte férocement contre le franc CFA. Que reprochez-vous réellement à la monnaie* ?
Je vous remercie pour l’occasion à nous offerte pour expliquer les motifs de notre action. Je parlerai un langage moins technique un peu terre à terre pour que les gens qui n’ont pas tous de gros diplômes d’économistes puissent comprendre.

La monnaie doit être au service de la croissance et du développement. Pour cela, il faut des crédits. Or le ratio crédit à l’économie sur PIB dans les pays de la zone franc est de 23 % quand il est de plus de 100 % dans la zone euro.

*Nous reprochons au Franc CFA* d’enrichir la France et d’appauvrir l’Afrique et les Africains. Quand le Président Chirac reconnait que l’argent qui se trouve dans le portefeuille des Français provient de l’Afrique, c’est par le CFA et son fonctionnement que l’argent de l’Afrique quitte l’Afrique pour se retrouver dans les portefeuilles des Français qui sont capable de fonctionner avec un SMIG de 1466 Euro à la date du 1er Janvier 2016 alors que dans les Pays Africains de la Zone CFA pratiquent des salaires minimums de 40 mille francs CFA soit environ 61 Euro. Notons que la France pratique 35heures de travail par semaine alors que nous faisons 40heures par semaine en Afrique Francophone. Et autant la France que nous les pays Africains, nous avons comme fournisseur commun la Chine pour plusieurs produits au même prix! Donc nous nous approvisionnons sur le même marché chinois mais avec des pouvoirs d’achat aussi disparates. Comment allons-nous vivre décemment, avoir des emplois décents, se soigner décemment, penser aller en voyage, en croisières, et en vacances apaisées par exemple? Comment avoir des retraites heureuses ?

*Nous reprochons au Franc CFA* le fait qu’il soit fabriqué en France et que si jamais un Président Africain veut suivre une voie qui ne plait pas à la France, la France peut décider d’asphyxier économiquement le pays en question en n’envoyant plus les valises de CFA tout simplement. Le pays Africain en question ne pourra même plus payer les salaires !

*Nous reprochons au Franc CFA* le fait qu’il soit fabriqué en France et que cela empeche nos Etats de s’endetter vis-à-vis d’eux memes en créant de la monnaie a partir de rien afin de faire travailler leurs populations soit dans l’agriculture, soit dans l’industrie, soit dans la construction des infrastructures, de créer de la richesse a exporter et faire rentrer des devises. (Ce point explique les taux de chomage très elevés chez nous)

*Nous reprochons au Franc CFA* son fonctionnement à travers les comptes d’opération ! Peu d’Africains savent que quand la France vient “acheter” pour ne pas dire voler l’uranium du Niger, ou le pétrole du Gabon, la France ne paie pas cash! La France dit créditer les comptes d’opération ouverts pour le Niger ou le Gabon en France. Pour caricaturer, c’est comme si tu quittes ta maison en laissant ton argent chez toi et tu viens acheter quelque chose chez moi. Mais au lieu de me payer, tu vas déplacer l’argent d’une caisse à une autre caisse, toutes deux laissées dans ta maison! Encore qu’aujourd’hui, toutes ces caisses sont informatisées. Donc, la France vient les mains vides prendre nos ressources pour ensuite retourner en France modifier sur un ordinateur un simple fichier Excel.

*Nous reprochons au Franc CFA* l’obligation qu’elle nous fait de déposer 50% de nos recettes externes sur le trésor Français en échange d’une stabilité monétaire qui ne se ressent même pas sur nos vies et parait plus comme un argument d’arnaqueurs envers sa victime.

2. *Le CFA serait-il la source de tous les maux de l’Afrique francophone* ?
C’est à cause du franc CFA que nous n’avons pas d’industries en Afrique francophone, que nous n’avons pas de centrales électriques suffisantes pour couvrir nos besoins énergétiques. C’est à cause du franc CFA que nos systèmes d’éducation sont trop problématiques avec des grèves a répétition dans les corps médicaux, que nos hôpitaux sont sous équipées, que nos routes sont de petites dimensions créant des accidents et des morts tout le temps… bref, en grande partie c’est à cause du CFA que nous sommes dans la pauvreté. Je vous détaille le processus à travers la caricature suivante:

Supposons qu’une industrie de vitres en verre, fait à partir du sable coute 50millions de Dollars US. Pour avoir cette industrie en Afrique francophone, il faut que le pays vende ses ressources minières ou autre à hauteur de 130 millions de dollars US, dépose 50% sur les comptes du trésor français, il lui reste donc 65millions. Ensuite, paie la France pour l’impression, le transport et la logistique des billets CFA à hauteur de 15milions $. C’est à ce prix que le pays aura les 50millions de dollars pour venir installer l’industrie de vitre dans son pays.
Comme le pays devra commercialiser ses vitres sur le même marché concurrentiel que les autres pays du monde dont la France elle-même et la Chine, qui eux n’ont dépensé que 50millions $ pour avoir la même industrie pour laquelle nous autres avons dépensé 130millions $, il nous est carrément impossible de rentabiliser notre investissement car nous sommes obligé de pratiquer des tarifs de vente supérieurs à ces concurrents. En plus, à la vente, la France se pointera encore pour récupérer 50% de nos recettes! Conséquences logiques: 5 à 10 ans au plus après leur démarrage, toutes nos initiatives industrielles se transforment en ELEPHANT BLANC. Nous continuons alors d’importer massivement nos biens de consommation, créant des emplois à l’étranger mais maintenant nos jeunes dans le chômage et la précarité.
C’est la même chose pour les routes, les hôpitaux, les universités, les centrales électriques, etc…

A chacune de nos infrastructures, le coût équivalent à sa construction fut déposé sur le trésor français d’abord. Au finish, nous les pauvres du monde, les choses nous reviennent deux fois plus chères qu’aux autres qui pourtant sont les plus riches du monde.

Certains indexent la mauvaise gouvernance comme élément retenant aussi l’Afrique francophone dans le sous-développement. Mais, rassurez-vous, supprimons le Franc CFA, et vous verrez la bonne gouvernance suivra tout naturellement.

Une contribution du journaliste camerounais  Yetna Alain-Michel

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