Sans les Anglophones le Cameroun ne serait pas democratise, c’est-a-dire que le Cameroun n’aurait pas plusieurs partis politiques, et cela est important a dire car dans leur désillusion les Camerounais francophones rectifient toujours l’histoire. Les premiers morts pour la démocratie n’ont pas eu lieu a Douala, mais bel et bien a Bamenda, et c’étaient des anglophones, et ils mourraient spécifiquement pour la démocratie. Et meme a Yaounde, les premieres marches pour la démocraties étaient organisées par les étudiants anglophones, en support au SDF alors lance a Bamenda, parti alors totalement anglophone, et cela pendant que les Francophones organisaient plutôt une marche de soutien a Paul Biya, pour le remercier d’avoir baisse le prix des mini-citées.

Sans les Anglophones le Cameroun ne serait pas decentralise, car la décentralisation du Cameroun, qui est un résultat de la démocratisation évidemment, est une reaction du pouvoir a la demande de plus en plus forte de fédéralisme venant effectivement de la zone anglaise de notre pays. La tendance du pouvoir, elle au contraire, était plutôt la fortification de l’Etat unitaire, par le passage en 1984 de la République unie du Cameroun a la république du Cameroun. Eh bien il a fallu que les Anglophones demandent, decident d’ailleurs de mourir pour le fédéralisme pour que le pouvoir jacobin qui sied a Yaounde – du RDPC a l’UPC, je dis bien a l’UPC et a ses fantoches comme le Manidem – se reveille et se rende compte que notre pays est multiculturel. A l’époque, les Francophones disaient que c’étaient des ‘Biafrais’, et un essence frelate qui se vendait en route était appelé de manière pejorative ‘federal’. Comment oublier ca?

Aujourd’hui les enfants des Anglophones qui mouraient pour la démocratie en 1990, meurent pour la secession, et je peux dire qu’après Biya, le Cameroun sera federal ou ne sera pas. Les reactions francophones devant ce qui se passe a Bamenda et en zone anglophone sont historiques de ce point de vue, car elles sont le reflet exact de ce qui se passait en 1990 – les Francophones dans leur immense majorité soutenaient Paul Biya, encore plus depuis 1984, étaient embourbes dans des débats bidons, dans des postures imbeciles, quand les Anglophones étaient deja en route en train de mourir pour la démocratie. Les Francophones, vraiment j’y pense encore avec honte, réfléchissaient sur des problèmes alimentaires, se perdaient dans des discussions vaseuses – d’ou le coup de tonnerre du procès Monga-Njawe de février 1991 -, quand le SDF s’était deja lance de lui-meme a Bamenda depuis un an, depuis mai 1990. Les Anglophones sont la locomotive de notre histoire récente.

Nous sommes tous Anglophones!

Patrice Nganang: écrivain camerounais

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