10 avril 1948-10 avril 2017 cela fait 69 ans que le tout premier parti politique nationaliste camerounais l’Union des Populations du Cameroun fut crée dans la ville de Douala  avec pour objectif principale la réunification et l’indépendance du Cameroun. Plusieurs décennies après la naissance de ce parti mythique dont la plupart des leaders ont été liquidés par l’administration coloniale française avec la complicité du gouvernement fantoche de l’époque, il est indispensable de retracer l’histoire de ce parti nationaliste à qui les camerounais doivent leur indépendance nonobstant le silence entretenu sur la vie de ses leaders.

Le 10 avril 2017 les militants de l’UPC (Union des Populations du Cameroun) ont célébré les 69 ans de l’existence du parti des crabes dans la sobriété. L’histoire de ce parti remonte à la conférence de Brazzaville de 1944. D’après l’ouvrage Histoire du Cameroun Tome II, au cours de cette conférence, le décret du 7 aout 1944 autorisa la constitution des syndicats professionnels en Afrique noire et à Madagascar. C’est ainsi que des équipes françaises se mettent au travail pour lancer chez nous le mouvement syndical. Mme Jacquot, M. Donat, envoyés d’Algérie, forment le personnel de l’enseignement public. MM. Soulier et Lalaurie, de leur coté, organisent le mouvement parmi les cheminots. Le 18 décembre 1944 l’Union National des Syndicats confédérés  du Cameroun (USCC) voit le jour et est affiliée à la CGT française. M. Ruben Um Nyobe et Charles Assale sont élus secrétaires. Il faut dire que les débuts de cette union vont être marqués par une catastrophe. Pour réclamer une augmentation des salaires, une grève est déclenchée à Douala les 24 et 25 septembre 1945 ; le mouvement, parti de chez les cheminots, s’étendit bientôt aux autres secteurs.

     En 1945, Ruben Um Nyobé rencontre M. Dona se jette dans les syndicats, et déjà prépare avec M. Gaston Kingue-Jong, un embryon de mouvement politique le Rassemblement Camerounais (RACAM). En 1948 eut lieu le fameux congrès panafricain d’Abidjan convoqué par le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) de Houphouët Boigny. Ruben Um Nyobé, qui est secrétaire général depuis le 28 novembre 1947, y représente le Cameroun. Il en revient décidé d’abandonner le syndicalisme pour la politique. Il renonce donc au secrétariat général et fonde le 10 avril 1948 l’Union des Populations du Cameroun (UPC) à Ndokoti dans un bar dénommé ‘’chez Sierra.’’

 Les pères fondateurs de ce parti qui va mener la lutte nationaliste au Cameroun jusqu’à 1971 date de l’assassinat de son dernier leader Ernest Ouandié sont : Jacques Ngom, Charles Assalé, Guillaume Hondt, Joseph Raymond Etoundi, Léopold  Moumé Etia, Georges Yémi, Théodore Ngosso, Guillaume Bagal, Emmanuel Yap, Jacques-Réné Bidoum, H-R Manga Mado et Leonard Bouli. Il faut préciser que selon une certaine historiographie Ruben Um Nyobé n’avait pas pris part à la création de l’UPC et y avait adhéré bien après. Secondé par Leonard Bouli, il va déployer à travers le Cameroun orientale une activité inquiétante : plusieurs organes de presse, dont la voix du Kamerun, propagent les idées du mouvement et l’UPC pousse ses ramifications dans toutes les couches de la population.

Le bureau politique du parti est dirigé par le triumvirat Um Nyobè, Kingue Abel, et Ouandié Ernest ; au mois de mars 1955, Roland Felix Moumie vint les rejoindre. Ce parti nationaliste avec ses leaders charismatiques sera combattu tant par l’administration coloniale française que par le régime fantoche de Yaoundé. En effet, ayant pour objectif l’indépendance, la réunification du Cameroun et l’élévation du standard de vie des camerounais, l’UPC s’oppose dès sa création à l’administration coloniale et milite pour l’indépendance du Cameroun. C’est dans cette logique que Ruben Um Nyobé se présente en moyenne une ou deux fois chaque année à la tribune des Nations Unies dès 1952 comme pétitionnaire du Cameroun.

  Des grèves se multiplient dans le pays (à Dizangué, à Douala) depuis 1954, pour prévenir, un arrêté du 19 février  autorise aux fonctionnaires de l’ordre public de disloquer, même par la force, les attroupements de caractère inquiétant. Une nouvelle grève provoque, le 25 mai, des troubles à Douala. Les forces de police interviennent. Le sang coule. C’était le point de départ d’une situation qui allait durer des années. Des dirigeants upécistes furent arrêtés et le décret du 13 juillet 1955 prononça la dissolution de l’UPC. Ruben Um Nyobé opta alors pour l’illégalité et entra dans le maquis. Ses compagnons préférèrent alors se refugier en zone britannique, puis à Khartoum et au Caire. Face aux attentats, l’armée répond par une répression énergique. Depuis le mois de juin 1957, c’est une véritable guerre qui se livre au pays Bassa. Une véritable campagne  de violence avait été déclenchée  pour boycotter les élections de décembre 1956 et la loi cadre. Malgré les tentatives de médiations, le gouvernement camerounais  et le maquis opposent un durcissement de plus en plus rigide. Face à la radicalisation des dirigeants de l’UPC désormais dans le maquis, le gouvernement répondit avec fermeté à travers le fameux discours de M. André Marie Mbida premier ministre du Cameroun sous tutelle connu depuis comme l’ultimatum de Boum-Nyebel. La lutte armée va donc continuer.

Après la chute d’André Marie Mbida suite à la crise de février 1958, le nouveau gouvernement incarné par Ahmadou Ahidjo adopta un programme avec un calendrier très court pour l’indépendance, préconisant la réunification, puis la collaboration avec la France. Une attitude qui poussa l’UPC à rejeter l’indépendance proclamée le 1er janvier 1960 ainsi que le gouvernement établit à cette date considérée comme fantoche. Il faut dire que l’administration coloniale française soucieuse de conserver ses intérêts au Cameroun avait manœuvré de prêt ou de loin pour accorder une indépendance factice à ce pays dans le but de rendre superflu le combat de l’UPC. C’est la raison pour laquelle les chances de compromis entre le gouvernement et l’UPC deviennent de plus en plus rares. Le 13 septembre 1958, Ruben Um Nyobé est abattu par une patrouille. L’assassinat d’Um Nyobé fit penser que le maquis allait disparaitre. Mais ce fut le contraire. La lutte se poursuivit jusqu’à la mort du dernier leader Ernest Ouandié en 1971. Pendant cette période l’on assista à l’émiettement de l’UPC car certains de ses membres quittèrent le maquis et rallièrent le gouvernement d’Ahidjo.

Dix jours après la mort  de Moumié assassiné à Genève en Suisse en novembre 1960, M. Okala, au nom du gouvernement camerounais, M. Couve de Murville au nom du gouvernement français signaient à Yaoundé les accords de coopération entre la France et le Cameroun. Accords de coopération qui rendent aujourd’hui caduque l’indépendance du Cameroun. Quelles leçons pour les camerounais ?

                                                                                                               Rodrigue Djengoué

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