Loïk Le Floch-Prigent qui a été du 28 juin 1989 au 3 août 1993 président-directeur général d’Elf Aquitaine, donc au cœur du plus grand système de corruption de l’histoire de la Françafrique affirme dans son dernier livre que les premiers corrompus dans les pays pétroliers africains, sauf Idriss Déby, actuel président du Tchad, sont les présidents qui recevaient les commissions (de l’argent) de la compagnie Elf dans leurs comptes offshore.


Il n’en fallait pas plus pour que les autorités camerounaises, par la voix de l’ambassadeur du Cameroun à Paris, Mvondo Ayolo Samuel qui y trouve une affirmation implicite, réagissent et apportent la précision suivante : « Contrairement à ce que cette interview peut implicitement laisser croire, indique le diplomate, le président Paul Biya n’a jamais demandé un sou pour son compte personnel et ne s’est jamais livré à des pratiques de corruption avec les sociétés pétrolières. » Avant de faire remarquer que le président Biya n’est pas du tout cité dans le livre de Loïk Le Floch-Prigent, Carnets de route d’un Africain, qui vient de paraître aux éditions Elytel.
Mais, ce n’est pas parce que le nom de Paul Biya n’appairait pas dans ce livre qu’il n’est pas corrompu ou qu’il n’a jamais reçu des commissions versées dans son ou ses compte (s) offshore.


En outre, ce que dit Loïk Le Floch-Prigent dans son ouvrage est un secret de polichinelle. Il n’est d’ailleurs pas le premier à le dire. Dans l’ouvrage, L’homme qui en sait trop. Alfred Sirven et les milliards de l’affaire Elf, co-écrit par Gilles Gaetner et Jean-Marie Pontaut, Loïk Le Floch-Prigent, était même allé plus loin en affirmant que « C’est la compagnie [Elf] qui avait « fait » Bongo au Gabon ; c’est la compagnie [Elf] qui aidé Paul Biya à devenir président du Cameroun » (p.47). Ces propos n’ont jamais été démentis.


Par ailleurs, Xavier Harel et Thomas Hofnung, ont écrit, dans leur ouvrage, Le scandale des biens mal acquis . Enquêtes sur les milliards volés de la françafrique, que dans le « système Elf », « il y avait des « abonnements », euphémisme désignant une commission prélevée sur chaque baril exporté et directement reversée sur les comptes bancaires personnels des dirigeants africains. Plusieurs dizaines de millions de dollars atterrissaient ainsi chaque année sur les comptes offshore d’Omar Bongo, de Paul Biya, de Dénis Sassou N’Guesso ou de son successeur provisoire (de 1992 à 1997), Pascal Lissouba » (p.85). Ces propos n’ont, eux aussi, jamais été démentis.


(Source, Germinal n°107 du 13 juin 2017)

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