Une fois de plus, le débat du CFA est revenu sur la table, et une fois de plus, les Camerounais se sont dispersés dans des positions antagoniques, les plus virulents étant les opposants au CFA qui l’accusent de tous les maux. Il est peut-être important de repréciser les termes du débat qui n’est pas de juger si le CFA est une bonne monnaie ou une mauvaise monnaie, mais de choisir entre les 3 positions suivantes :

1/Le Cameroun reste dans le CFA tel qu’il fonctionne
2/ le Cameroun a une monnaie souveraine
3/le Cameroun a un CFA binaire.

C’est la comparaison entre ces trois éventualités et uniquement cette comparaison qui est pertinente et permet de trancher. Pour répondre à ce genre de questions, les Economistes ont inventé une démarche appelée SIMULATION. En gros, elle consiste à bâtir un instrument technique ou électronique qui reprend le comportement du Cameroun, de telle sorte qu’on teste les hypothèses et qu’on en tire les conclusions. L’Ecole Africaine dispose d’un puissant Simulateur, le CAMERTOR (Cameroon Simulator) dont les résultats sont formels :

1/ Un Cameroun dans le CFA ne peut pas se développer, car il est ouvert comme une grange, ce qui étouffe toutes les initiatives de développement. Le pays devient un instrument du commerce international dont le revenu est directement articulé aux recettes d’exportation. Si celles-ci augmentent, le PIB augmente aussi, et si elles diminuent, le PIB diminue aussi. Aucun développement n’est possible.

2/ Avec une monnaie souveraine, le pays est virtuellement capable de mener une politique de stabilisation de son système productif, mais l’extrême faiblesse du secteur productif ne lui permet pas de réagir à une politique monétaire. Le pays se retrouve ainsi obligé, soit de dévaluer de manière itérative sa monnaie jusqu’à son délitement, soit de s’obliger à une extrême rigueur en abandonnant la politique monétaire, ce qui n’est pas différent du CFA.

3/ Avec un CFA binaire, le Cameroun gagne sur plusieurs points :
-une grande stabilité monétaire, puisqu’adossée au CFA
-une politique monétaire nouvelle, car il peut jouer sur les deux masses monétaires
-une politique commerciale qui lui permet de réguler intelligemment les entrées sur son territoire, sans violer ses engagements vis-à-vis de l’OMC ou l’APE
-une politique de la demande, car il peut augmenter les salaires et restaurer la bourse sans risque, car c’est un, argent qui ne sort pas ;
-une meilleure politique budgétaire, avec l’amélioration de la liquidité de la Trésorerie, etc.
-une meilleure politique de soutien du secteur privé

-etc.

Les raisons pour lesquelles la binarisation résout les problèmes sont d’ordre mathématique : un vecteur a plus de degré de liberté qu’un nombre. Ce qu’un nombre ne peut pas faire, un vecteur le fait.
La conclusion fondamentale que nous tirons de cette simulation est que nous n’avons pas un problème de monnaie, mais un problème de système monétaire adapté à nos économies trop petites et trop faibles. Ces pays ne peuvent donc se développer, ni avec le CFA, ni avec une monnaie souveraine.

Certains opposent la binarisation à la sortie du CFA. C’est une mauvaise compréhension du processus, car ce sont deux débats différents. Que ce soit avec le CFA ou avec une monnaie souveraine, le Cameroun ne peut pas se développer sans binarisation : même si le Cameroun avait sa monnaie souveraine, celle-ci ne pourrait lui être utile que si elle est binaire, et c’est d’ailleurs cela qu’a compris l’un des hommes politiques les plus sérieux du Cameroun, à savoir Hubert Kamgang, dont le programme s’appuie sur une « monnaie souveraine binarisée ».
Il n’y a donc pas d’opposition entre les thèses binaires et le combat pour une monnaie souveraine. La différence se situe au niveau de l’approche. A l’heure actuelle, les forces qui s’opposent à la sortie du CFA sont trop importantes. Les régimes en place dans la CEMAC sont violemment contestés et on ne voit pas très bien comment de tels régimes pourraient créer une monnaie crédible. Or, face aux problèmes lancinants et urgents de nos pays, on ne peut pas bloquer les pays dans ce face-à-face CFA/Monnaie souveraine.

Il faut avancer. La binarisation du CFA est une affaire de jours et son efficacité est établie, non seulement de manière théorique, mais aussi par l’exemple des monnaies complémentaires qui foisonnent en Occident et dont elle n’est qu’une version. .

QUE FAIT-ON MAINTENANT ?

Dès demain matin, l’Etat doit régler toute sa dette en Obligations à Coupon Zéro. En d’autre termes, il dit à ses créanciers: “je vous donne des reconnaissances de dette que je vais régler en 2020. Vous avez le droit de les revendre au marché en CFA (évidemment avec décote), ou bien vous les gardez jusqu’à terme, ou alors vous les utilisez directement comme une monnaie à leur valeur faciale pour les biens dont j’ai un contrôle total ou partiel : impôts, scolarité dans les Lycées et universités d’Etat, amendes, péage, électricité, eau, bière, ciment, tôles, transport ferroviaire, hôtel, huile de palme, etc.

C’est la Monnaie-Trésor dont le pouvoir d’achat s’étend par osmose aux autres biens locaux.

A partir de ce moment, les usagers vont utiliser cet argent qui finira par revenir dans les caisses de l’Etat. L’Etat qui a récupéré ses obligations ne doit plus rien à ses créanciers et peut donc reprendre le processus…

Simultanément est engagée une vigoureuse politique de renforcement de la production nationale des biens d’usage courant. A titre d’exemple, les couturiers de Yaoundé sont regroupés dans des centres de production appelés MANUFACTURES, où ils peuvent utiliser des machines centrales à côté de leurs propres machines, chacun gardant son autonomie. Leur production est regroupée et distribuée autant par des commerçants indépendants que dans des magasins spécialisés fonctionnant sur le modèle de la Société Camerounaise d’équipement, où les fonctionnaires pouvaient prendre des biens à crédit.

Pourquoi cette démarche ? Simplement parce qu’il faut découpler les activités de production de nos artisans de celle de distribution. Nos artisans sont bloqués parce qu’ils ne peuvent vendre qu’à leur entourage immédiat. Or, il faut couper ce lien et permettre qu’un habit cousu à Maroua puisse être vendu à Bamenda, sans nécessairement connaître son producteur. C’est cela la voie de la mutation de l’artisanat à l’industrialisation.

Un autre exemple est fourni par le café, pratiquement abandonné : ici, l’Etat soutient les prix, mais en monnaie-trésor.
D’autres modèles ont été conçus pour les autres secteurs de la manufacture courante et le secteur agricole, mais elles font l’objet d’une publication spécialisée.

Au fur et à mesure que le système se développe, que le système se refertilise, l’Etat lance une politique de la demande, à travers une augmentation régulière des salaires de ses agents, la restauration de la bourse et l’aide aux démunis. Toujours en Monnaie-Trésor.
Le système permet de renforcer les exportations, d’abord à travers l’amélioration de la productivité, ensuite à travers les subventions agricoles en Monnaie-Trésor. Les devises économisées par l’import-substitution, les devises gagnées à la suite du renforcement du secteur productif peuvent alors être mieux utilisées pour l’investissement.

Tout cela peut être simulé et chiffré par le puissant CAMERTOR.

En définitive, la binarisation ne s’oppose pas à la monnaie souveraine et c’est un faux débat que de la présenter comme une alternative à la sortie du CFA. Même si nous adoptons une monnaie souveraine, celle-ci doit absolument être binaire pour présenter une quelconque utilité. Par contre, on n’a pas besoin d’attendre la sortie du CFA pour agir, car dans les circonstances actuelles, avec la gouvernance actuelle, et notre niveau de développement actuel, la sortie du CFA n’est ni un projet réalisable, ni un projet pertinent, ni un projet utile.

Faisons simplement ce qu’on peut faire maintenant et binarisons le CFA : c’est cela la voie de la sagesse. Et si, malgré le bon sens, malgré les arguments, malgré les raisons, le Gouvernement persiste et signe dans sa position, nous mettrons sur pied, par des moyens citoyens, une monnaie binaire au cours de l’année 2017.

Nti Dieudonné ESSOMBA
Président de l’Ecole Africaine de l’Economie Contemporaine
(INSTITUT TCHUNDJANG)

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