Des délégations gouvernementales sillonnent le monde depuis quelques jours, pour expliquer la situation dans les zones « anglophones ». Mais le véritable objectif semble se trouver ailleurs. Nous vous expliquons. 

Le gouvernement tenterait-il de surfer sur l’aversion des camerounais d’expression française et une partie de l’opinion d’expression anglaise, contre les velléités de sécession, pour sortir de l’affaire de l’assassinat de Mgr Jean Marie Benoît Bala dans laquelle il s’est empêtré ? La machine à malice semble bien en marche, au lendemain des obsèques de l’évêque de Bafia.

Après Bruxelles et l’exfiltration de Laurent Esso par la police belge, il y a trois jours, une délégation gouvernementale était dimanche à Johannesbourg, en Afrique du Sud, avec exactement les mêmes scènes de violences et d’humiliation. Une autre est également annoncée le jeudi 10 août, 2017, à Ottawa, au Canada.

Le projet est le même, « apporter des clarifications sur la situation qui prévaut dans les régions anglophones de notre pays ». Mais, au-delà des programmations administratives, le timing ces sorties et le modus operandi ne sont pas innocents.

Il semble bien que l’exploitation et l’instrumentalisation de la haine des sécessionnistes pour le Cameroun, leur expression violente et la diatribe contre la République et anti « francophones », la violence contre l’institution Nation, soient les réels objectifs de cette campagne. Et Le déroulé est symbolique d’une manipulation bien programmée.

Modus operandi

À Bruxelles comme à Johannesbourg, le scénario a été le même. Le propos officiel s’articule autour du nationalisme, un fait nouveau. Une culture camerounaise qui n’est pas linguistique mais tribale et ethnique.

Les délégués insistent sur le fait que  les langues officielles ne sont que des instruments institutionnels par ailleurs d’égale considération. Qu’elles ne représentent pas le lieu de distinction des citoyens. Mais deviendraient très nuisibles si elles étaient un objet de discrimination.

Les risques, multiples et gravissimes, sont mis en exergue, que cette distinction linguistique fait courir à l’unité de la République et de la Nation toutes entières. Bref, tout l’argumentaire que déploient, fort a propos, les adversaires des relents sécessionnistes emprunts de haine.

Une fois que cette prêche est délivrée à des convaincus, l’animosité mise en lumière et éveillée dans les esprits d’une assistance écoeurée, les activistes séparatistes, comme par extraordinaire, parviennent à briser la barrière policière et à s’introduire dans la salle.

Les officiels sont exfiltrés. Les agresseurs se livrent alors à toute sorte d’exactions, violences et insultes, confirmant les thèses développées par la délégation gouvernementale.

La conséquence psychologique est logique. Les camerounais, qui sont très attachés à leur pays, sont heurtés dans leur fierté. Ils se sentent solidaires des institutions, du gouvernement face à cet agresseur, ces ennemis communs. L’objectif est atteint.

Ainsi essaye-t-on d’attendrir, pour la retourner, une opinion qui gronde de colère. Des citoyens dont la défiance vis-à-vis du système gouvernant s’est accentuée depuis l’enlèvement, l’assassinat, la mise en scène grossière de ce meurtre en suicide et la proclamation de la noyade de Mgr Jean Marie Benoît Bala.

La crise « anglophone » semble donc être du vrai pain béni, sans doute l’ultime cheval de Troie, pour le régime de Yaoundé. La rentrée scolaire devient ainsi le légitime prétexte, pour tenter de se refaire une place dans le cœur des camerounais.

Et on peut dire que c’est peine perdue. Car, comme toujours, c’est la malice qui est utilisée, plutôt que des actions de vérité, de justice et d’équité, empruntes d’éthique.

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