Après les avocats, les enseignants et les transporteurs, c’est au tour des hommes de médias de la région du Sud-Ouest d’entrer dans la danse.

Des journalistes anglophones ont dénoncé “l’anéantissement” de leur langue, lundi au Cameroun, pays secoué depuis un mois par la colère de cette minorité linguistique contre l’hégémonie du français, avec des morts et 58 arrestations au cours d’une manifestation jeudi dernier. Un regroupement professionnel de journalistes a dénoncé “l’anéantissement de la langue anglaise” dans le Sud-Ouest, l’une des deux régions anglophones, le Cameroun étant divisé en dix régions au total.

Le français et l’anglais sont les deux langues officielles, d’après la Constitution. Ce regroupement professionnel, dénommé “consortium des associations de journalisme du Sud-ouest”, affirme avoir “observé avec un profond mécontentement la non-traduction en anglais de documents importants lors de séminaires, d’ateliers et de réunions”. “Tout reporter ou journaliste qui se retrouvera avec des documents français sans version anglaise dans un rassemblement officiel risque de sortir de la réunion et l’événement sera occulté”, menace cette association de journalistes.

Par ailleurs, 58 personnes ont été interpellées après les violences jeudi à Bamenda, où les manifestants ont voulu empêcher une réunion publique du parti du président Paul Biya, ont annoncé lundi la police et la gendarmerie. Ces violences ont fait entre deux et quatre morts dans cette capitale du Nord-Ouest, la deuxième région anglophone. La sécurité a été renforcée à Bamenda et tout autour de la ville après ces événements, racontent des sources concordantes.

Dans cette ville considérée comme frondeuse, les manifestants ont brûlé le drapeau du Cameroun avant d’y hisser celui du Southern Cameroon national council (SCNC), un mouvement séparatiste clandestin. Bamenda est depuis la mi-novembre l’épicentre de la colère de la minorité anglophone (environ 20% des 22 millions de Camerounais), notamment des enseignants et des avocats. La crise actuelle est partie d’une grève des avocats demandant l’application de la “Common law”, système juridique anglo-saxon. Cette grève avait été suivie de celle des enseignants.

Au fil des jours, les revendications des manifestants – jeunes pour la plupart – se sont faites plus politiques. Une minorité réclame la création d’un Etat indépendant baptisé Southern Cameroon. Les modérés, qui semblent majoritaires, penchent pour le fédéralisme, une revendication que le gouvernement rejette.
La Rédaction

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