En prélude à la célébration le 12 juillet 2017 des 133 ans de la signature du traité germano-Douala, le prince Kum’a Ndumbé III a organisé le mardi 11 juillet 2017 une conférence qui s’est déroulée dans les locaux de la fondation africavenir située à Bonabéri dans l’arrondissement de Douala IVe. Cette conférence avait pour thème : « Les traités germano-camerounais de 1884 : Halte à la falsification de l’histoire et de la mémoire collective du Cameroun ! ». A la fin de cette conférence, l’historien Kum’a Ndumbe III a accordé une interview aux journalistes présents.

  Professeur bonjour !

Pr Kum’a Ndumbe III : Oui merci bonjour.

Vous nous avez invités ici aujourd’hui professeur. Nous voulons savoir quel est le pan de la vérité que vous voulez restituer ?

Professeur : Le pan de la vérité c’est d’abord que nous n’avons pas vraiment encore commencé à écrire l’histoire du Cameroun. A cause de plusieurs raisons. Le blocage de la langue, le blocage de l’écriture allemande qui est parfois indéchiffrable. Et les historiens camerounais ne lisent pas l’allemand pour l’écrasante majorité. Les germanistes  camerounais ne font pas d’histoire. Alors comment voulez vous avoir la restitution de votre mémoire au niveau de la naissance du Cameroun. Ça c’est une chose.

     La deuxième chose c’est que le document que nous utilisons, les historiens utilisent  sont les documents que les blancs ont laissés. Comment pouvez-vous  écrire votre histoire en vous basant sur les documents que les autres ont écrits sur vous ? Imaginez vous que là en France on n’écrit l’histoire de la France à partir des documents que les chinois ont écrits sur la France. Quelle histoire de la France qui va en ressortir ? Or chez les camerounais et les africains c’est normal qu’on utilise  les documents des français, des anglais pour écrire l’histoire du Cameroun. Il faut donc aller beaucoup plus loin et interroger les camerounais pour qu’ils disent leur part de vérité sur l’histoire du Cameroun. Et comme nous avons mis un projet en place en 1981, le résultat c’est qu’avec les 176 vieux que nous avons pu interroger entre 1981 et 1986 c’est toute une autre vérité qui sort sur l’histoire du Cameroun. Alors voilà donc disons l’expérience. La quintessence  c’est que si aujourd’hui en 2017 vous voulez parler de l’histoire du Cameroun, s’il vous plait n’écrivez pas de l’histoire du Cameroun parce que vous voulez démontrer telle ou telle chose. Allez d’abord aux sources, interrogez les sources. Et qu’on le veuille ou pas pour cette partie de la naissance du Cameroun, la langue allemande est incontournable et les langues camerounaises sont incontournables. Si vous ne parlez même pas votre propre langue comment voulez-vous pouvoir écrire l’histoire de votre langue ? Vous mentez. Si vous ne parlez pas allemand pour cette première phase de l’histoire du Cameroun et que vous êtes seulement bilingue francophone-anglophone vous n’allez  nulle part. Vous allez écrire s’il vous  plait excusez moi le terme  des bêtises et des incohérences.

Alors professeur demain c’est le 12 juillet remettez-vous en cause  ce qu’on nous a appris à l’école à propos  du 12 juillet 1884 ?

Professeur : Mais on vous a appris qu’on vous a mis en esclavage. On vous dit seulement que vous avez signé un traité avec les blancs comme si signer un traité avec les blancs c’est la libération. Encore une fois le 14 juillet en France, c’est un jour de gloire où les français ont libéré la bastille. Vous vous êtes avec le traité pas seulement du 12 juillet encore une fois je vous ai montré que vous aviez les traités du 11juillet chez les Deido, chez les Bimbia etc. Et que ce traité là est pratiquement le même. Parce c’est Bismarck qui avait décidé que c’est comme ça que ces traités doivent être libellés. Maintenant on vous met en esclavage et vous allez faire la fête. C’est terrible ! Ça veut dire que vous ne savez même pas ce qu’il y a dans ce traité. Parce que il n’ya pas eu que ce traité. Après ce traité il y a eu les négociations entre allemands, entre commerçants allemands et gouvernement allemand. Avant même de faire ce qu’on appelle maintenant la proclamation. Vous ne connaissez pas tout ces documents et vous dites que ah c’est mon grand père hein, il a signé avec les blancs. Donc c’est glorieux ça ?  Si vous ne savez même pas que c’est ça qui vous a mis en esclavage jusqu’au aujourd’hui.

   Je vous ai donné un exemple très important  tout à l’heure. Quand les blancs sont venus ici, ils ont trouvé une unité monétaire qu’on appelle le « Kroo » et que 1kroo du Cameroun valait 20 Reich mark. C’est comme si vous dites aujourd’hui que votre Cfa des colonies françaises vaut 20 euros que 1Fcfa vaut  20 euros. Vous avez déjà vu ça ? Vous avez déjà entendu ça ?

Or votre monnaie  le « Kroo », je vous ai montré les documents tout à l’heure 1kroo : 20marks allemand. Maintenant on vous casse Ca, on vous enlève votre   « kroo », on vous enlève votre monnaie. On dévalue d’abord  et on n’enlève complètement et on vous met la monnaie de quelqu’un d’autre qui dicte maintenant sa loi.

Professeur restons dans l’histoire vous nous avez convoqué pour  parler de King Dika  Mpondo Akwa et vous contestez les termes tels que signataire plénipotentiaire. A quoi ça renvoie exactement ?

Professeur : (rire) Comment vous pouvez  être signataire plénipotentiaire… Je vous ai montré le traité signé par les Deido, king Dido, James Ekwalla. Je vous ai montré le traité signé par Bimbia le l1 juillet avant le 12. Et puis je vous ai montré le fameux traité du 12 juillet ou Akwa  et King Bell ont signé conjointement l’un à droite,  l’un à gauche. Il n’y avait pas que tel  était témoin de l’autre. Je vous ai montré les documents originaux. Donc il faut arrêter de falsifier l’histoire. Et là je dis ça en tant que professeur de rang magistral des universités. Il faut arrêter ça ! Il faut arrêter ça. Il faut aller dans les documents. Je vous ai montré le document de Broch de 1955 qui a commencé à mettre cet erreur que Bell était témoin de Akwa. C’est une erreur qui a été faite mais qui est dépassée par l’écriture et la recherche historique depuis longtemps et je suis heureux que vous avez vu vous- même les documents.

                                                                                                   Propos recueillis par Rodrigue Djengoué

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