Dans cette analyse, le journaliste camerounais Armand Okol, ancien directeur de l’information à LTM, une télévision émettant de Douala, la capitale économique du Cameroun, passe en revue les différentes mesures prises par le président de la république Paul Biya, 7 mois après la catastrophe ferroviaire d’Eseka. La rédaction de camersenat.info, vous propose l’intégralité de ce texte.
En français facile, une enquête c’est “la recherche méthodique d’informations précises”. On a donc pas besoin de faire de grandes études pour savoir que lorsqu’on veut parler de résultats d’une enquête, il est des éléments basiques qui sont sensés rejaillir dans un rapport. Et pour le cas précis de la catastrophe ferroviaire d’Éséka, le plus cancre des enquêteurs devait avoir à cœur le soucis d’informer avec précision et rigueur sur le nombre exact de passagers embarqués dans le fameux train de la mort, le chiffre clair et net de personnes décédées et au besoin les catégoriser en terme du nombre d’enfants, de femmes et d’hommes. De même, l’on devait être régulièrement fixé sur les effectifs et l’état de santé ou psychologique des différents accidentés, etc.

Pour celà, LE MANIFESTE, cette pièce maîtresse indispensable et obligatoire en l’espèce devait servir de boussole et point de départ des recherches. Faut-il conclure que cet engin meurtrier n’en avait pas ou alors que les pseudos enquêteurs n’y ont pas eu accès? Je dis ça et je dis plus rien. Passons!

Venons en au remplissage qui a été servi à l’opinion en guise de rapport de la commission d’enquête. Le “machin” qu’on a fait signer au SGPR fait mention des missions qui étaient celles de ladite commission: déterminer les causes de cet accident et proposer des mesures pour limiter les risques de survenance d’une telle catastrophe à l’avenir, établir les responsabilités de l’accident, évaluer la gestion de cette catastrophe et l’assistance aux victimes. Dans ce diagnostic (sans que rien mais alors rien de nouveau ne soit dit), il est écrit en noir sur blanc que le drame survenu à Éséka relève de la responsabilité à titre principal du transporteur à savoir la Société CAMRAIL. La suite est faite de l’énumération d’une litanie de causes: surcharge du convoi, rallonge inappropriée de la rame, dispositif de freinage défectueux, non prise en compte des réserves émises par le conducteur et machin chouette. À la limite un copier-coller sous forme de récitation de ce que la presse locale a indiqué au moment des faits et qui aurait donc pu nous faire gagner en temps et économiser en argent. Moralité, entre la mise sur pieds de ce qui tenait lieu de commission à maintenant, on a consommé 07 mois dans notre sport favori à savoir l’inertie.

D’ailleurs c’est à demander comment comprendre l’évocation de la seule cause principale et observer un mutisme suspicieux sur les causes secondaires?

Dans cette tentative de distraction du peuple mais d’une indécence manifeste à remuer le couteau dans la plaie béante des familles des victimes et de leurs proches, toute une page est consacrée à de prétendues mesures prises à l’effet de parer à toute éventualité similaire à l’avenir. Notamment une meilleure organisation des services de l’État dorénavant pour la prise en charge des victimes, l’audit de la concession entre l’État du Cameroun et CAMRAIL, la modernisation et l’extension de la voie ferrée, la prise des sanctions appropriés à l’encontre des coupables pour ne citer que ces aspects là. À ce niveau là, on a bien envie de se demander s’il fallait d’abord qu’on en arrive à un tel carnage de nos concitoyens pour que nos dirigeants sortent de leur amnésie vraisemblablement chronique pour préconiser ces choses si élémentaires au vu de la situation d’archaïsme légendaire dans laquelle notre secteur de transport ferroviaire (idem pour les autres) évolue depuis plus d’une décennie.

Au chapitre des curiosités de ce rapport d’enquête, il est envisagé sa transmission à la justice pour dit-on tirer toutes les conséquences de droit. Implicitement donc, le pouvoir de Yaoundé confesse ainsi que de tous temps, ceux qui dénoncent l’influence permanente de l’exécutif sur le judiciaire sont dans le vrai, sachant que la commission dont il est question ici était essentiellement composée des membres du gouvernement. En un mot, la justice qui en principe devait en amont se saisir du dossier est appelée seulement en bout de chaîne dans une posture de sous fifre, le monde à l’envers pour tout dire.

Aussi curieux que celà paraisse, les services de l’État qui au départ se soustraient de toute responsabilité à quelque niveau que ce soit dans la survenance de la catastrophe se surprennent tout à coup à préconiser à CAMRAIL une diligence pour les indemnisations des familles des victimes et l’assistance aux blessés, de quoi leur demander “de quoi je me mêle” sachant l’extrême innocence dans ce qui s’est passé.

Naturellement et le contraire aurait surpris, les rédacteurs du “truc” de la commission croient pouvoir comme de coutume réserver les bons points au très excellentissime magnanime devant l’éternel “Zorro” en mentionnant que le Président de la République a décidé de débloquer une somme de un milliard de francs CFA pour une assistance complémentaire à verser aux victimes et à leurs ayants droits. Wouaouh, mais quelle générosité! De deux choses l’une à ce propos: soit ce pactole est le sien propre et dans ce cas, il serait intéressant que Monsieur Crésus nous édifie une fois pour toute sur les contours de son intarissable source à milliards ou alors il ne s’agit ni plus ni moins que de l’argent du contribuable, c’est-à-dire celui de nos impôts et donc de nous tous. Dès lors, cette théâtralisation faite d’appropriation mensongère devrait définitivement prendre fin. D’ailleurs nos illuminés dirigeants semblent banaliser tellement la fonction Présidentielle que pour l’érection d’une simple mais symbolique stèle à Éséka, ils se croient obligés de mentionner que la décision vient personnellement de lui. En pareille circonstance mes frères de la zone Anglophone diraient certainement SHAME, littéralement HONTE.

Armand Okol: Journaliste camerounais

À lire aussi:

Après la BM, la Camerounaise Vera Songwe devient R...  Directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Sénégal, le Cap Vert, la Gambie, la Guinée Bissau et la Mauritanie depuis 2011, Ver...
Jean Ping sur la BBC: « La France a délogé Gbagbo,... Par IvoireBusiness - Jean Ping sur la BBC: « La France a délogé Gbagbo, elle aurait dû utiliser la force pour déloger Ali ».« Je me trouve dans la sit...
L’humoriste Dieudonné M’bala M’bala écope de six m... En France, l’humoriste camerounais, Dieudonné M’bala M’bala vient de recevoir sa peine dans l’affaire l’opposant à huissier qu’il aurait agressé le 24...
Can féminine 2016: liste officielle des joueuses a... 8  équipes prennent part à la 10e édition de la Coupe d’Afrique des Nations féminine, Cameroun 2016. Il s'agit de l'Égypte, Ghana, Kenya, Mali, Nigeri...
loading...
Share.

About Author

Votre commentaire

Close