L’intellectuel, contrairement au simple diplômé, est conscient de son statut d’ « être de raison » et donc commis volontairement pour penser le bien-être du monde et des hommes. De ce point de vue, l’intellectuel n’est pas un égoïste qui, du haut de son savoir et de sa sagesse, se refuserait d’interroger l’existant dans ses nombreuses entités. L’intellectuel ne minimise pas sa mission, ne se sous-estime pas, encore moins ne relativise pas l’efficacité de son action. Il est nécessairement, par essence, un homme engagé qui vit en lui le contradictoire et subit le martyr de l’intranquillité.

Quand rien ne va, l’intellectuel sait (et doit toujours) prendre position. Rarement admis de l’intellectuel qu’il soit du côté des plus forts, du côté du pouvoir, de manière générale, il demeure un dissident. Quitte à friser avec l’iconoclastie, sa vocation n’est pas à peindre en noir (comme pourraient le lui reprocher d’aucuns), mais à scruter les lieux du tâtillonnement, de la médiocrité et de la mollesse conceptuelle dans le but de rassurer ses contemporains sur le fait que le meilleur est possible.

Comme on peut ainsi s’en convaincre, l’intellectuel authentique n’est pas un discoureur opportuniste en attente de quelque reconnaissance. Si oui, l’unique reconnaissance envisagée est celle de l’application de ses préceptes. Un intellectuel n’est pas animé par une démarche nombrilique qui vise à attirer les regards sur lui-même. L’intellectuel est un voyant ou prophète, comme le vœu Rimbaud, un phare, au sens de Victor Hugo, car il doit éclairer la voie du peuple et des dirigeants. Il apparait, dès lors, que le devoir d’intellectuel repose sur la notion sartrienne de la responsabilité ; elle-même régie par les notions connexes de probité et d’impératif de penser pour la collectivité.  Comment s’opérationnalise tout cela dans le contexte camerounais ?

Pour la première fois au Cameroun, il se tiendra une série d’au moins quatre élections en 2018 : les élections présidentielles, les régionales (probablement), les sénatoriales, les législatives et les municipales. Compte tenu de l’importance cruciale de ces échéances et des enjeux y afférents, on ne peut donc pas continuer de raisonner, comme on l’observe au sein de l’opinion nationale, sur la qualité (fort critiquable certes) du code électoral et laisser faire.

Il importe, dans les différents réseaux de communication, de la presse ou des lobbyings, que l’intelligentsia camerounaise se mobilise et mobilise, sans condition ni torpeur, le peuple à s’inscrire sur les listes électorales afin d’aller aux urnes plus tard.

Le peuple, dans tous les pays du monde, a toujours eu besoin de guides. Seuls les esprits éclairés ont souvent rempli cette mission en prenant leur responsabilité devant l’histoire. Se masquer derrière des préalables, alors que cela profite à un système qui se pérennise au pouvoir, expose au grand jour la trahison des clercs. Il faut prendre position en expliquant la nécessité réfléchie et sage, pour les citoyens, d’être d’abord déclarés comme inscrits aux élections. Cela suppose le droit d’aller aux urnes par la suite.

Seul le bon sens des uns et des autres permettra de renoncer à l’attentisme et donc à la passivité qui justifient l’immobilisme observé en Afrique et particulièrement au Cameroun.
Un peuple qui vote est un peuple qui décide. On doit le marteler dans l’esprit non seulement des citoyens, mais aussi des leaders politiques qui aspirent à gouverner le Cameroun. On ne peut pas continuer de jouer aux malins avec son propre pays quand il est incontestable que la salive qu’on crache en l’air nous revient toujours sur le visage. Les clercs ont aussi la responsabilité historique de jouer leur rôle de penseurs. Rien de plus ! Oui, un clerc pense. Il ne gouverne pas. Il ne participe pas du système gouvernant. Si oui, il devient partisan, et donc partial, dans son positionnement et ses analyses. Ce qui serait un tort.

La crédibilité de ce qu’on appelle les « intellectuels du pouvoir » est de degré zéro. Il faut que chacun retrouve sa cuisine interne. Le système politique de depuis 1982 a eu tort de politiser tout le monde. Y compris les milieux de la science. Le temps est donc venu pour que les hommes de sciences se préoccupent de produire le savoir dans leurs officines afin que celui-ci soit utile aux gestionnaires de la chose publique.

Pour terminer, puisque l’intellectuel n’est qu’un concepteur, il lui revient en ces mois qui précèdent l’année électorale, d’orienter l’opinion sociopolitique sur les vraies questions qui permettront aux uns et aux autres de se fonder une conscience éthique et citoyenne de l’effort à fournir. Pour ce faire, s’inscrire sur les listes électorales est un impératif catégorique autour duquel les intellectuels sont amenés à inciter le peuple. Les intellectuels sont également appelés à entretenir, étape par étape, des discussions sur le code électoral, le dispositif stratégique à mobiliser avant, pendant et après chaque échéance électorale et enfin la gestion des crises éventuelles. Ce n’est pas quand on constatera encore une nouvelle débâcle de l’opposition aux élections que les soi-disant intellectuels sortiront de leur bois pour théoriser les raisons de l’échec. C’est maintenant qu’il faut plutôt théoriser les raisons de la réussite de demain.

En un mot donc, s’inscrire sur les listes électorales, c’est se donner le droit de décider soi-même de ses futurs gouvernants. Intellectuels du Cameroun et de sa diaspora, soyons ensemble pour aider à la constitution d’un électorat citoyen pour 2018.

Man Bene

 

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